ICRSP

 




Gricigliano, 8 décembre 2012

Fête de l’Immaculée Conception

 

Monsieur le Supérieur,

Messieurs les chanoines,

Ma Révérende Mère,

Messieurs les abbés,

Mes Sœurs,

Mes bien chers frères,

 

Qu'elle est délicieuse, la fête que nous célébrons en ce jour !

Qu'évoque-t-elle en effet dans l'esprit, sinon une ravissante vision de pureté, de blancheur, de clarté, d'innocence ? C'est la glorification de notre Reine du Ciel dans ce qu'elle estime le plus, à savoir, l'intégrité de son âme.

Arrêtons notre attention devant ce mystère qui nous est proposé et contemplons avec délice Marie conçue sans péché.

 

I

 

Et d'abord, quelle ineffable merveille de préservation s'offre à notre esprit !

Un incendie ravage tout dans une forêt ; or, voilà qu'au milieu de l'embrasement général, un arbre se conserve intact, reste chargé de feuilles et de fleurs, et porte un fruit incomparable, qui doit à lui seul repeupler la forêt détruite.

Le démon tient sous sa domination le genre humain, mais, ô prodige ! une jeune fille lui échappe, elle conserve sa liberté, elle l'enchaîne lui-même.

Cet arbre miraculeusement sauvé, vous le devinez, n'est qu'un symbole. Quant à cette vierge victorieuse, son nom monte déjà de vos cœurs sur vos lèvres : c'est Marie !

Oui, Marie est la véritable arche de salut. Alors qu'un terrible déluge se répand dans le monde, alors qu'un torrent d'iniquités couvre la face de l'univers, faisant une victime de chaque existence humaine, Marie, soutenue par la main du Tout-Puissant, s'élève au-dessus des flots et surnage par-dessus toutes ces horreurs de destruction et de mort. Nous ne le savons que trop bien, les conséquences du péché originel furent dévastatrices pour toute la création. Il faut bien en avoir conscience, c’est une réalité terrifiante, Satan est devenu vraiment le prince de ce monde, et nous sommes tous, nous les hommes, sous sa domination.

Marie, nouvelle Esther, entend le Roi des rois lui déclarer que la loi inévitable, qui condamne tout son peuple à la mort, n'est point faite pour elle.

Terre privilégiée, l'homme ennemi n'a pu y jeter même subrepticement le moindre grain d'ivraie.

Ô Église de Dieu, pleurez, pleurez sur la venue au monde de vos plus grands saints ! Quelque éclatante ou méritoire qu'ait pu être dans la suite leur existence, il faut reconnaître qu'elle a commencé par une honte, la honte du péché. Effacez donc de leur vie ces heures fatales, qui les virent dans l'inimitié de Dieu !

Mais pour Marie, n'effacez rien ! Nulle tache ne la profane, nulle ombre ne l'obscurcit. Mille tomberont à sa droite, dix mille à sa gauche ; pour elle, elle est en sûreté, le mal ne viendra point jusqu'à elle, le fléau ne s'approchera point de sa demeure.

Mais l'immaculée Conception n'est pas seulement un prodige de préservation, elle est en même temps une merveille de sainteté.

Comme Marie a été belle dès le premier moment de son existence ! Elle a été créée non pas seulement toute pure, mais encore toute éclatante de beauté, toute sainte, toute lumineuse : car l'exemption du péché ne va pas sans l'infusion de la grâce sanctifiante. Or, quelle grâce sanctifiante n'a-t-elle pas reçue !

Même parmi les faibles mortels, que ne ferait pas un père pour sa fille, un fils pour sa mère, un époux pour son épouse, s'il leur était donné de pouvoir les former selon leur amour ! Mais ce qui n'est pas possible à un mortel, fût-il roi, grand de la terre, est possible à Dieu.

Que n'a donc pas fait Dieu le Père pour enrichir, pour embellir sa fille de prédilection, celle qu'Il a choisie entre toutes les femmes pour être la mère de son Verbe ?

Que n'a pas fait Dieu le Fils pour orner de toute grâce, de toute beauté, celle qu'un jour Il devait appeler en toute vérité : « Ma Mère ! » et à qui elle, de son côté, pouvait aussi en toute vérité répondre par la douce appellation de : « Mon Fils ! »

Que n'a pas fait aussi Dieu le Saint-Esprit pour celle qui devait être son épouse immaculée, son temple trois fois saint, son sanctuaire béni, et à qui, avant même qu'elle existât, Il adressait cette tendre invitation « Veni de Libano (…), veni coronaberis ; Viens du mont Liban, viens, tu seras couronnée du diadème de toutes les grâces ! »[1]

Oui, les trois Personnes divines ont fait appel à leur toute-puissance pour revêtir Marie, en même temps qu'elle venait à l'existence, d'une grâce de justice et de sainteté, non pas seulement éminente, mais tout à fait exceptionnelle, unique, de sorte que rien dans la création ne lui est comparable.

 

Ne nous contentons pas de dire que cette grâce dépasse en mesure celle qui fut accordée au plus saint des hommes.

Ne nous contentons pas même de dire qu'elle dépasse celle dont resplendissait le plus beau, le plus glorieux des anges, chérubin ou séraphin, puissance ou domination, au moment de la consommation des mérites, c'est-à-dire quand il fut admis à la possession éternelle de Dieu. Ce serait rester au-dessous de la vérité.

 

Ô sainteté des élus, sainteté des esprits célestes, si par la pensée on vous réunissait de manière que vous ne fassiez qu'un seul tout, que vous ne formiez qu'un faisceau, quel rayonnement de gloire et de lumière vous projetteriez ! Eh bien ! Marie cependant possède à elle seule plus que ces splendeurs réunies, plus que ces splendeurs qui dépassent tout ce que l'on peut imaginer. Cette grâce première qu'elle a reçue fut telle, dit saint François de Sales, qu'elle en est élevée « jusqu'aux confins de la divinité ».

Aussi, même dès ce premier instant, Dieu, dont le regard pourtant repose éternellement sur les magnificences du Ciel, s'écrie en un langage mystique, comme dans une sorte de ravissement

« Quam pulchra es, amica mea, quam pulchra es ! Que vous êtes belle, ô ma bien-aimée, que vous êtes belle ! »[2]

 

 

II

 

Voilà donc la vision que nous offre la fête de ce jour.

Cette vision de pureté plus qu'angélique et de sainteté idéale, parfaite, n'est-elle pas bien propre à nous inspirer, d'un côté une souveraine horreur pour le péché, de l'autre une grande estime pour la grâce sanctifiante ?

 

1. Une souveraine horreur pour le péché ! Le Verbe, en se faisant homme, supporte que sa Mère soit pauvre et d'une condition obscure, quoiqu'elle vienne de sang royal ; qu'elle n'ait aucun des avantages qui brillent aux yeux du monde. Il ne s'en offense pas. Il le préfère même, pour que les pauvres, les humiliés, les méprisés des siècles futurs puissent trouver dans son exemple la résignation et le réconfort dont ils auront besoin.

Mais il y a une chose qu'il n'aurait pas supportée, qu'il n'aurait pas pu souffrir : c'est qu'elle eût ressenti un seul instant les atteintes du péché, c'est qu'elle fût restée un seul instant sous la domination du démon, tant le péché répugne à sa sainteté, tant Il le déteste, même le péché originel, bien qu'il ne soit pas une faute personnelle et n'ait été reçu qu'en triste héritage !

Par conséquent, quelle aversion, ô mon Dieu, ne devez-vous pas éprouver pour nos péchés voulus, consentis ; pour nos péchés qui ont les caractères infiniment offensants, infiniment odieux pour vous, de révolte contre votre grandeur, de désobéissance à votre loi, d'outrage à vos perfections, de mépris pour votre amour, d'ingratitude pour vos innombrables bienfaits, de folle préférence accordée à de vaines satisfactions, à des plaisirs décevants plutôt qu'à la vie d'éternel ! Mépris et offenses envers le don merveilleux de la vocation que vous nous avez donné, don immérité et extraordinaire que celui de la vocation au sacerdoce catholique ! Maltraité quelquefois par nous, à cause de notre égoïsme, de notre légèreté d’enfant gâté, de notre amour-propre toujours très présent, attention, chers prêtres et séminaristes, nous serons tous redevables des dons de Dieu et en particulier de celui-ci.

Ah ! si nous comprenions la gravité de nos péchés, si nous comprenions le prix des biens qu'ils nous font perdre et la rigueur des châtiments qu'ils nous vaudront un jour, nous les aurions en horreur, nous les redouterions plus que tous les maux du monde, plus que la mort même.

 

2. - En second lieu, la fête de l'Immaculée Conception doit nous faire concevoir une grande estime pour la grâce sanctifiante.

Dans Marie la grâce sanctifiante a été, dès le premier instant, merveilleuse, incomparable. Nous, nous ne l'avons reçue qu'après notre naissance, dans le baptême. Elle n'avait pas les splendeurs de celle de Marie ; elle ne nous a pas assuré, comme à Marie, l'impeccabilité et l'extinction du foyer de la concupiscence. Mais quel beau trésor elle était cependant !

Elle a purifié nos âmes, elle nous a arrachés à l'esclavage du démon, elle nous a rendus participants de la vie de Dieu, elle nous a fait enfant de Dieu. Dieu pouvait désormais nous regarder d'un regard d'amour : Il nous a adoptés dans sa famille, Il nous a rendu nos droits au Ciel, perdus par la faute d'Adam.

Ô grâce sanctifiante, perle précieuse qu'il nous faut acheter à n'importe quel prix, tu es le premier de tous les biens ; à proprement parler, tu es même le seul et unique bien !

L'avons-nous donc estimée comme elle le méritait ? Voyez Marie avec quel soin elle a veillé sur elle, non seulement pour la conserver dans toute sa pureté, mais encore pour ajouter toujours à son éclat ! Quelle prudence ! Quelle réserve ! Comme elle gardait son esprit et son cœur !

À son exemple, ayons donc pour la grâce sanctifiante toute l'estime dont nous sommes capables, et persuadons-nous au plus profond de notre âme que la perdre serait le plus grand malheur qui puisse nous arriver. Rappelez-vous chers prêtres, chers séminaristes, chères sœurs, chers fidèles, que Blanche de Castille disait à son fils, le futur saint Louis, qu’elle préférait le voir mort plutôt que souillé d’un seul péché mortel !

Dans ces sentiments, ô Marie, nous nous tournons vers vous et tous, avec une piété toute confiante, nous vous disons :

« Vous êtes toute pure ! C'est à vous imiter que nos âmes aspirent, ô Mère toute pure !

Vous êtes toute belle ! Oh ! Que nos cœurs ravis s'embrasent d'amour pour vous, ô Mère toute belle !

Vous êtes toute bonne ! Gardez-nous sous les plis de votre blanc manteau, ô Mère toute bonne ! »

Ô reine du Ciel, conservez ma vocation sacerdotale, conservez ma vocation d’Adoratrice, et faite que j’y réponde le plus généreusement possible. Ainsi soit-il.



[1] Cantique des cantiques 4, 8.

[2] Cantique des cantiques 4, 1.