ICRSP

 




Sermon prononcé pour la Fête-Dieu, le 7 juin 2007, par M. l'abbé Philippe Mora, Supérieur du Séminaire.

 

 Resplenduit facies ejut sicut sol.

Son visage est resplendissant comme le soleil. (Math., xvii, 2).

MM. les abbés,
Rév.de Mère,
Chers séminaristes,
T. Chères Sœurs,
M.B.C. frères,

L'apôtre Saint Paul a raison de dire « Tant que nous sommes dans ce corps mortel, nous voyageons loin du Seigneur, » éloignés de lui non par le temps, ni par l'espace, mais par l'imperfection de notre nature créée. A cause de cet éloignement, il nous faut renoncer sur terre à distinguer les traits de son visage. Quel mortel a jamais vu Dieu sans être écrasé par sa gloire ? Cachez à nos yeux, Seigneur, les rayons de votre visage, car si je vous vois, j'en mourrai.

Pour s'accommoder à notre faiblesse, quand Dieu vint sur la terre, il s'anéantit, dit l'Apôtre, jusqu'à voiler sa gloire des ténèbres de notre mortalité. Il prit un corps semblable au nôtre ; et le monde, dans cet homme mortel, n'a pas reconnu son Dieu. Comment donc vous reconnaîtrait-il, Dieu de gloire et de majesté, aujourd'hui que votre visage a les traits d'une blanche hostie ?

Ce n'est point en effet, m. b. c. f., aux regards d'un monde incrédule, que Dieu peut être visible sous la figure d'une hostie, mais seulement aux yeux de la foi. Votre foi est-elle éclairée, pénétrante, invincible ? Alors regardez, regardez l'hostie. Ne voyez-vous pas le visage de N.-S. Jésus-Christ y resplendir comme un soleil ?

En vérité, Notre-Seigneur a deux visages : celui de Dieu, celui de l'homme. Or, l'un et l'autre, dans le soleil eucharistique, resplendissent aux yeux de la foi.

I. – Le Visage de Dieu

Vous connaître, ô mon, Dieu, et connaître le Christ Jésus N.-S. que vous nous avez envoyé, c'est la vie éternelle. Nous la passerons dans le ciel à vous contempler, face à face, puisque voir Dieu c'est tout le ciel ! Aussi l'humanité, qui s'en va à travers les siècles à la recherche du Paradis, ne cesse de répéter avec l'apôtre Philippe : « Ostende nobis Patrem. Montre¬-nous Dieu, ô Seigneur, notre cœur sera satisfait.. Et sufficit nobis. » Cela suffit aux anges et aux saints dans le ciel. Cela pourrait suffire à faire du monde un paradis.

Ecoutez Notre-Seigneur vous répondre : « Qui videt me, videt Patrem. Celui qui me voit, ô Philippe, voit toute la Divinité. » Il voit le Père, le Verbe, et l'Esprit-Saint. L'Eucharistie, m. b. c. f., est l’ostensoir de Dieu !

La puissance du Père y resplendit comme un soleil, d'où jaillissent les rayons divins du miracle.

Le verbe du Fils y éclate dans toute la splendeur de sa vivante vérité, l'amour du Saint-Esprit y répand ses bienfaits comme des étincelles de feu.

La Sainte Eucharistie, c'est l'ostensoir incomparable de l'invisible Trinité.

O tout-puissant Créateur, quand nous vous voyons au premier jour remplir d'une parole l'abîme du néant et les mondes surgir du chaos, en face de cet univers, qui projette dans l'infini comme un immense ostensoir les rayons innombrables des êtres, nous tombons à deux genoux, saisis d'admiration ; mais bientôt nos yeux, d'abord éblouis, s'habituent à votre lumière. Il nous plaît alors de fixer les rayons qui conduisent notre foi au cœur des êtres, où nous vous trouvons et  bénissons !

Mais en face du Saint-Sacrement nous nous sentons pris de vertige. Le miracle ici nous confond. Nous voyons un homme à cet autel se pencher sur un peu de pain. Il dit un mot, et à sa voix c'est Dieu même qui descend du ciel  jusqu'aux frontières du néant !

Un jour vous avez pu dans un corps pétri de vos mains enfermer une âme immortelle par un souffle de votre bouche ; car vous êtes le Tout-Puissant. Qui sommes-nous, vos prêtres, et qui donc êtes-vous, Seigneur, quand dans cette hostie pétrie par nos mains nous enfermons votre Divinité ?

Nous voulons bien croire l'Ange Gabriel, quand il assure à la T. S. Vierge Marie que pour que l’Incarnation de Dieu dans son sein, même immaculé, il faudra que le Tout-Puissant le couvre un moment de son ombre. Nous vous croyons, Ange du Très-Haut. Mais à votre tour croyez-nous si nous vous disons que l'ombre du Tout-Puissant doit envelopper cet autel, pour que dans le plus profond mystère le Fils de Dieu puisse s'incarner sous des espèces inanimées et habiter parmi nous.

Que fait-il là ? Vous étiez étonnés autrefois, ô Juifs incrédules, de voir le Christ semer les miracles sous ses pas. Vous aviez pourtant lu dans vos Écritures que Dieu, pour nourrir son peuple au désert, avait changé en manne la rosée du matin ; et vous vous demandez au nom de qui cet homme qu'on appelle Jésus peut nourrir une multitude avec cinq pains et deux poissons. Notre foi le sait et vous répond : « C'est, an nom du Tout-Puissant. » !

Que diriez-vous donc aujourd'hui si nous vous conduisions à une Table sainte, où vous verriez jusqu'à la fin du monde le Corps unique de notre Sauveur, présent dans chaque hostie, se donner tout entier en nourriture aux âmes affamées de ce pain vivant qui par miracle descend du ciel ?

Ah ! si l'Apôtre se refusait à écrire dans son Évangile tous les miracles de N.-S. Jésus-Christ, parce qu'ils étaient innombrables, ne nous demandez pas, m. b. c. f., de vous raconter les miracles de la divine Eucharistie. Le monde pourrait-il contenir les livres qui relateraient les prodiges incessants en faveur des corps et des âmes, par lesquels il plaît à Dieu de manifester sa toute-puissance dans l'ostensoir d'une hostie ? Elle y resplendit plus que le soleil. Aussi notre foi, qui est capable grâce à Dieu de fixer les rayons divins, veut, ô Jésus, vous rendre le témoignage qu'en vérité, sous la figure de cette hostie miraculeuse, elle reconnaît et elle adore le visage du Tout-Puissant.

Et pendant que les yeux de notre foi contemplent votre invisible majesté, ô Père, voici que retentit aux oreilles de notre foi la parole de votre Verbe. Elle éclate dans l'Eucharistie, comme au sein de la T. S. Trinité telle qu'elle est : vérité et vie.

Sans doute, plus d'une fois dans ce monde le Verbe de Dieu a retenti. Nous avons appris de l'Apôtre que bien souvent, au cours des siècles, Dieu a daigné parler aux hommes ; et nous n'ignorons pas que ses révélations sont toujours un écho du Verbe.

Mais son écho, ce n'est pas lui. En effet, la parole ne peut contenir que l'idée ; et l'idée, ce n'est qu'une image, ce n'est pas la réalité. Si l'idée est vraie, l'image est exacte, voilà tout ; mais l'image n'est qu'une abstraction, qui dépouille préalablement la réalité de sa vie. Ainsi la parole révélée, en éveillant dans notre esprit l'idée du Verbe, nous en donnera une image exacte, mais une image inanimée. Cela ressemblera au Verbe, en toute vérité, nous le croyons, mais cela n'est pas lui en réalité, nous le savons d'avance, puisqu'il est personnellement la vivante vérité de Dieu.

Or pourquoi donc notre cœur, dilaté par la grâce aux dimensions mêmes de Dieu, ne pourrait-il pas contenir l'immensité même du Verbe ? Nous voulons bien nourrir notre intelligence de sa parole de vérité ; mais nous voudrions nourrir notre âme d'un pain de vie plus substantiel.

Car enfin, Seigneur, vous n'êtes pas venu sur la terre seulement pour évangéliser les pauvres, mais pour qu'ils aient en eux la vie, et toujours plus abondante. Ainsi, Verbe incarné, vous êtes de plus notre voie, et c'est par votre humanité qu'il nous est permis de saisir la vivante vérité du Verbe.

Il faudrait donc, ô Dieu, que vous veniez en nous non seulement vérité et vie, tel que vous êtes au sein du Père, mais voie humaine pour les atteindre, tel que vous étiez parmi nous. Comment cela peut-il se faire ? Nous n’en savons rien ; mais vous, Seigneur, ne pourrez-vous pas dire une parole qui vous donne à nous tout entier ?

Et Notre-Seigneur dit un jour : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang un breuvage. Celui qui me mange vivra éternellement!   Que dites-vous, Seigneur ?   Il prit un peu de pain et dit : « Ceci est mon corps, mangez le ! Et vous, faites ceci en mémoire de moi ! » Et depuis ce jour là, m.b. c. f., les prêtres du Seigneur Jésus rediront la parole du Verbe et voileront à peine du manteau de l'hostie la vivante vérité de Dieu, telle qu'elle résonne, au sein du Père et telle qu'en ce monde elle a retenti. Je suis pour vous la voie, la vérité, la vie : tout le Verbe incarné est là !

Où donc le voit-on mieux que dans la Sainte Eucharistie ? Nous autres, dit S. Jean, nous l'avons vu de nos yeux, nous l'avons touché de nos mains. » Nous aussi, grand Apôtre, nous le pouvons dans l'ostensoir. Vous étiez heureux ; mais notre bonheur est plus grand. Vous marchiez à côté de lui ; mais il est en nous réellement. Vous penchiez la tête sur son cœur   mais son cœur bat dans nos poitrines. Votre vie escortait la sienne ; mais il n'était pas votre vie. Donc le Verbe n'était pas en vous tel qu'il est en Dieu et en moi. Grâce à cette hostie que je reçois, je puis faire à mon tour rayonner le Verbe de Dieu dans l'ostensoir d'or de ma vie. Si dans l'hostie vivant an fond du tabernacle on voit la puissance du Père, c'est dans l'hostie vivant en nous que nous voyons la vivante vérité du Verbe briller d'une éternelle splendeur.

C'est que par elle le Saint-Esprit répand en nous sa charité. S'il est vrai que le Saint-Esprit est le souffle d'amour que respirent le Père et le Fils dans l'adorable Trinité, qu'il inspire personnellement toutes les œuvres d'amour de Dieu, et donc qu'on le reconnaît dans ce qui vient du cœur, dans ce qui sent l'amour, dites-moi si son doux visage ne resplendit pas à travers tous les rayons de l'ostensoir !

L'amour seul crée la vie ! Nous savons que le génie littéraire a de hautes inspirations. Mais ni l'art ni la science ne font œuvre de vie. Toutes les créations de l'intelligence sont mort-nées. Elles impriment dans la matière la ressemblance de la vie, mais le livre reste une lettre morte, et Michel-Ange a beau frapper son Moïse de pierre : « Mais parle donc ! » il ne parle pas.

Seul le souffle qui vient du cœur est capable de créer la vie.

Ah ! nous ne nous étonnons plus qu'à l'heure où Dieu versait la vie au cœur des êtres, quand au sein d'une Vierge le Verbe vivant s'incarna, quand au jour de la Pentecôte les apôtres furent remplis d'une vie nouvelle, l'Écriture Sainte nous montre à l'œuvre le souffle de Dieu, l'Esprit-Saint !

Nous vous reconnaissons mieux encore, ô Esprit d'amour du bon Dieu, au moment où N. S. Jésus-Christ créa le pain vivant de l'hostie. Par quelle inspiration, sous quelle poussée d'amour se leva t il de table pour prendre un peu de pain et dire : « Voici mon corps ! » Il nous a aimés jusque-là, dit l'Apôtre, jusqu'au point de nous laisser à la veille de sa mort non pas une relique, un souvenir ou son portrait, mais lui-même en corps et âme et jusqu'à la fin du monde. Quand on aime jusque-là, m. b. c..f., n'en doutez pas, c'est l'Esprit-Saint qui souffle et emporte le cœur.

Est-il une invention d'amour comparable à la Sainte Eucharistie ? Si l'amour se mesure au don, au dévouement, au sacrifice, il faut être aveugle pour ne pas le voir jaillir de la Sainte Eucharistie comme les rayons du soleil. Vous voulez voir le Saint-Esprit à l'œuvre ? Regardez un prêtre consacrer l'hostie à la messe et dans ses paroles votre foi n'aura pas de peine à sentir passer le souffle divin.

 Vous le sentirez mieux encore si l'amour vous pousse à communier. Alors il traverse l'intelligence comme un éclair de vérité, il anime la volonté d'un courant d'énergie sublime, il caresse le cœur d'un baiser furtif. C'est le souffle de Dieu qui passe, laissant derrière lui dans l'âme une immense traînée, de bonheur. Car une communion, c'est la plus belle fête de l'amour où Dieu et l'homme mêlent leur sang et leur vie, n'ont plus qu'un cœur et qu'une âme et le cœur de Dieu, c'est le Saint-¬Esprit.

Ne le sentez-vous pas, en ce jour, ce souffle d'amour remplir notre chapelle ? Ah ! puisse t il emporter nos cœurs sans résistance dans un bienfaisant tourbillon d'amour !

Il est agréable, dit le Sage, de voir la lumière du soleil. Il est mille fois plus doux, aux yeux d'une foi éclairée, de voir le visage de Dieu resplendir comme le soleil dans l'ostensoir de l'hostie. Nous savons bien que sur terre il ne brille pas en plein midi. Il reste enveloppé des nuages de l'aurore, comme l'hostie aime à se voiler des nuages de l'encensoir. Mais en face du Saint-Sacrement notre foi sait distinguer les traits de son visage. Ecce, ecce Deus : c'est bien le Tout-Puissant, c'est le Verbe fait chair et c'est le Saint-Esprit. O invisible Trinité, c'est vous qui rayonnez à travers l'ostensoir ; ecce, ecce Deus : c'est vous, c'est le bon Dieu !

II. – Le Visage de l'homme

S'il est possible à notre foi, m. b. c. f., de reconnaître le visage de la T. S. Trinité dans le rayonnement de Jé¬sus Hostie, elle doit éprouver moins de peine encore à voir son visage humain. Votre visage, ô Fils de l'homme, caché pendant une vie obscure, défiguré sur une croix, radieux au matin de Pâques, resplendit en toute vérité comme un soleil dans l'ostensoir.

Assez longtemps vous vous cachez dans l'ombre d'un tabernacle, où seule une petite lampe nous indique que vous êtes là. Assez longtemps vous vous cachez dans l'ombre de notre pauvre cœur, où souvent, hélas ! rien n'indique que vous êtes là ! Et votre vie eucharistique s'écoule dans une obscurité plus profonde qu'à Nazareth. Si je vous retrouve dans le Temple, je vous perds de vue dans le monde, je vis près de vous sans vous voir.

Quand donc verrai-je l'hostie sainte briller à mes yeux dans toute sa splendeur ? Là, là, dans les clartés de l'autel, dans l'éclat de nos chants, dans l'enthousiasme de cette fête !

C'est alors qu'il plaît à ma fol de proclamer, ô mon Jésus, que vous êtes le plus beau des enfants des hommes. Sous ces apparences de pain j'adore à deux genoux votre corps, votre sang, votre âme, votre divinité.

Quel est celui, demande le prophète, qui habite dans le soleil ? C'est le Fils de l'homme, Jésus-Christ.

C'est lui, le Maître, qui est là, et qui, du haut de sa chaire splendide, illumine mon front des rayons de sa vérité.

C'est lui, le guérisseur inlassable de toutes nos infirmités, et qui passe encore parmi nous faisant le bien comme autrefois.

C'est celui qui nous vient au nom du Seigneur. O Jésus-Hostie, laissez nous jeter nos prières et nos chants comme des Rameaux sous vos pas.  Est-il possible, ô mon Jésus, que la malice humaine ait changé ce mystère d'amour en un mystère de douleur ? Oui, sans doute, puisque l'apôtre me montre du doigt tous ces hommes qui vous crucifient de nouveau.

Sans doute, la messe c'est le Calvaire où vous vous montrez en état de mort, et je vois votre croix plantée au sommet de votre ostensoir. Sommes-nous donc, m. b. c. f, assemblés pour voir Jésus mourir en croix ? O divin Crucifié du T. S. Sacrement, du haut de votre Calvaire de gloire, regardez ce peuple à vos pieds !

Autrefois vous cherchiez un ami, un consolateur, et vos yeux n'en rencontraient pas. Laissez-moi vous dire, ô Jésus, que dans ce peuple vous ne comptez que des amis. Vous ne trouverez pas ici des lèvres pour vous donner le baiser de la trahison, des mains qui vous flagellent, des cœurs qui vous renient, des disciples qui vous abandonnent, des amis qui se cachent de peur, Si nos yeux se tendent vers vous, c'est pour vous crier notre amour si haut, si fort que notre voix couvrira la voix des blasphèmes. Sur votre croix resplendissante, ô Jésus, vous êtes notre Roi !

Le tabernacle, c'est le sépulcre de l'hostie, mais quel tombeau glorieux ! Si les prêtres aujourd'hui, comme autrefois les anges, entrouvraient la porte de ce beau sépulcre, nous en verrions sortir, comme au matin de Pâques, un Christ vivant et immortel, dont la gloire éclipse les rayons du soleil. Votre fête aujourd’hui, quel triomphe, ô Jésus-Hostie !

Laissez-nous le montrer à Dieu, pour qu'il réjouisse tout le ciel !

Laissez-nous le montrer aux prêtres !

C'est votre fête à vous encore, chers amis du Saint-Sacrement. A la lumière qui rayonne de cet ostensoir, nous distinguons dans votre cœur les traits mêmes de Jésus-Christ : n'êtes-vous pas en vérité des hosties qui s'offrent, se consacrent et se multiplient pour se donner même aux indignes et les sauver en se donnant ?

Peut-être, ô mon divin Sauveur, avez-vous conduit dans notre beau Cénacle une âme incrédule et sincère, qui cherche Dieu sans le savoir. Ah ! daignez faire luire à ses yeux un rayon de votre lumière et faire sentir à son cœur la douceur de votre amour.

Et maintenant, m. b. c. f., en face de cet ostensoir où Jésus réside, laissez-moi vous crier, qu'il espère, qu'il recherche, qu'il attend un meilleur ostensoir dans nos cœurs.

Depuis longtemps peut-être sa parole de vérité frappe à la porte de notre foi. N'êtes-vous pas fatigué, Seigneur, de prêcher dans notre désert ? car où sont les œuvres de vie chrétienne qui devraient fructifier en nous ? Presque rien ne lève, rien ne pousse, rien ne fleurit dans ce désert, où le moindre souffle mauvais soulève des tempêtes incessantes, où l'intérêt crie, où la passion hurle, où votre hostie passe sans laisser de traces profondes sur le sable de notre vie !

Ah ! Seigneur, aujourd'hui du moins, que votre vivante vérité se repose dans notre foi aussi sereine, aussi active, aussi vivante que vous. Nous voudrions en ce jour crier au ciel et au monde : « Oui, nous croyons, ô sainte Hostie, que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ! » Depuis longtemps peut-être sa grâce bienfaisante sollicite notre volonté. N'êtes-vous pas fatigué, Seigneur, de courir comme un bon Pasteur après la brebis égarée, d'attendre votre enfant prodigue, de verser votre sang sur nos péchés de tous les jours ? Ah ! Seigneur, aujourd'hui du moins, que votre bonté se repose dans notre espérance infinie. Car nous savons, nous autres, qu'en votre hostie, ô Jésus, toutes les âmes de bonne volonté trouvent leur force, leur consolation, leur fortune, leur bonheur  toutes les grâces en ce monde avec l'espérance du ciel. Exposez-vous, Seigneur ; nous voici ! Depuis longtemps peut-être, depuis toujours – vous l'avez dit - votre cœur, ô mon Dieu, recherche notre amour. N'êtes-vous pas fatigué de notre négligence, de notre indifférence, de notre égoïsme surtout ? N'êtes-vous pas fatigué de nous attirer dans vos bras, de nous presser sur votre cœur ?

Ah ! Seigneur, aujourd'hui du moins, reposez-¬vous, nous vous en prions, dans notre parfaite charité. Nous sentons, comme le Roi-Prophète qu'aujourd'hui votre amour nous dilate le cœur ; et nous voulons courir désormais dans la voie de vos commandements. Reposez-vous Seigneur ; c'est à nous maintenant d'aimer, de nous donner, de nous sacrifier comme vous, de vivre, et de mourir dans votre charité, Seigneur !

Après, ô Jésus, mais après seulement, nous croyons, nous espérons, nous voulons aller pour une fête éternelle trouver notre ostensoir dans votre cœur, au paradis !

 Ainsi soit-il !