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Sermon de Mgr le Prieur Général pour la Messe du Jour de Noël 2009

Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis, et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Unigeniti a Patre, plenum gratiæ et veritatis. (Jn I, 14)

 

Monsieur le Supérieur,

Messieurs les chanoines,

Ma Révérende Mère,

Bien chers séminaristes,

Très chères sœurs,

Mes bien chers frères,

 

Les quatre semaines symboliques de l’Avent sont écoulées, la grande Vigile est célébrée, le jour saint a lui, Noël est arrivé : bénissons Dieu !

La fête de la naissance de Notre-Seigneur en effet se recommande par des caractères, des excellences et des charmes-qui lui sont propres.

C’est une des solennités les- plus anciennes de l’Eglise et celle plus particulièrement affectionnée par notre Institut, à l’exemple de saint François de Sales.

Saint Augustin déclare qu’elle était observée depuis un temps immémorial et par une très antique tradition.

Saint Jean Chrysostome pense qu’elle est d’institution apostolique, et son sentiment parait bien probable.

Dans le principe (c’est-à-dire à l’origine), les Orientaux la célébraient le 6 janvier, en même temps que l’Epiphanie, sous le nom de Théophanie ; mais à l’époque du grand Docteur que je viens de citer, ils se conformèrent à la pratique de l’Eglise de Rome, et la placèrent au 25 décembre, qui est traditionnellement le jour de l’entrée du Fils de Dieu fait homme dans le monde.

Noël est la fête populaire par excellence.

Quand la saison des neiges est venue, quand toute la nature est attristée par un aspect de mort, les sonneries des grandes villes, les petites cloches des villages se mettent tout à coup à retentir joyeusement au milieu des ténèbres de la nuit.

Et à ces sons sacrés qui semblent descendre du ciel, des cris se mêlent en s’élevant des cités et des hameaux. Noël ! Noël ! -disent les enfants qui annoncent par leur joie la naissance de l’Enfant-Dieu.

Une grande, une sainte allégresse est survenue aux âmes chrétiennes en cette fête de la Nativité.

Sous le plus misérable toit, il y a du bonheur, quand les cloches ont annoncé que le divin Enfant nous est né.

Oui Noël, c’est la fête des enfants, des parents, des pauvres, de tous les chrétiens. Personne n’échappe aux charmes de ses délicieuses émotions Elle apparaît toute rayonnante de poésie religieuse, avec ses vives impressions de foi, avec ses refrains gracieux, ses festins joyeux et ses douces fêtes de famille.

Noël est la fête chère entre toutes à l’Eglise.

Pour elle, elle ouvre généreusement le trésor de ses indulgences ;

pour elle, elle veut une longue préparation comme pour le jour de Pâques : l’Avent correspondant au Carême ;

pour elle, elle: veut les cérémonies les plus pompeuses et toutes les splendeurs de la liturgie : rite de première classe, octave privilégiée (sauvée même dans la bourrasque des réformistes de l’après-concile), ornements blancs (symbole de pureté et de majesté), chants magnifiques, tout remplis de joie allègre, de majestueuse grandeur et de suave onction.

Quelle touchante poésie que celle de la nuit de Noël ! Au milieu des ténèbres de la nuit soudain l’airain sacré s’ébranle et jette dans les airs ses notes sonores.

L’église est ornée avec goût, mille lumières étincellent, la nuit rayonne de la clarté du jour.Et nox sicut dies illuminabitur.

L’office des Matines commence ; les mélodies sacrées se font entendre ; l’Invitatoire, si beau, si triomphal, retentit : « Le Christ est né pour nous, venez, adorons-le ! » Les psaumes se chantent sur les antiennes les plus expressives, ils redisent eux-mêmes en termes inspirés, la dégradation du monde déchu, les miséricordes du Seigneur dans le mystère: de l’Incarnation.

Aux antiennes et aux psaumes succèdent les leçons :

- ce sont les superbes accents d’Isaïe qui exaltent les allégresses de la Nativité du Messie,les amabilités et les grandeurs du Fils de Dieu fait homme et les merveilles de pardon, de consolation et de transfiguration qu’il doit opérer dans le monde ;

ce sont les magistrales instructions du saint Léon, pape, où il définit le caractère de la fête de Noël, qui est-une fête de bonheur et d’allégresse, et explique la gloire incomparable où Jésus naissant a fait monter l’humanité,

- ce sont les beaux commentaires de saint Grégoire, de saint Ambroise et de saintAugustin sur les trois évangiles de la solennité.

Que dirai-je des répons, où la richesse des pensées et la sublimité des sentiments, le disputent à la splendeur de la mélodie, et où sont mis successivement en scène le ciel et la terre, le Verbe incarné et Marie, les anges et les pasteurs ?

Les matines se divisent en trois sections qui portent, comme vous le savez, le nom deNocturnes. Autrefois, à Rome, l’autel changeait de décoration à chaque nocturne.

- Au premier nocturne il était tendu de noir pour rappeler que la loi de Moïse était une loi de: mort ;

au deuxième nocturne c’était la couleur blanche, symbole de la révélation et de la vive lumière qu’elle a fait briller à nos yeux ;

- au troisième c’était la couleur rouge, image de la piété fervente des chrétiens et desglorieux triomphes de l’Eglise.

Les matines se terminent par le cantique d’actions de grâces, le Te Deum. Chanté avec grande solennité, et souvent au son de toutes les cloches, il porte jusqu’au ciel l’expression de la joie enthousiaste de la terre.

Et dans les cités et les hameaux, dans les vallons et sur les montagnes, les cloches proclament le refrain de la reconnaissance, et un écho incessant redit avec puissance : « Louange à Dieu ! O Christ, vous êtes le roi de gloire, vous êtes le Fils éternel du Père ; pour délivrer le genre humain, voulant vous unir la nature humaine, vous n’avez pas eu horreur du sein de la Vierge, Non horruisti Virginis uterum.

 

Puis vient la Messe de MinuitLe recueillement devient plus profond, les chants sont plusgraves et plus émus, les ministres sacrés font leur entrée dans !e sanctuaire et le chœur chante « Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui. Pourquoi les nations ont-elles frémi, pourquoi les peuples ont-ils médité de vains projets ? Gloire au Père et an Fils étau Saint-Esprit ! » C’est la messe qui commence.

Dans la célébration du saint sacrifice, au milieu de la nuit, en cette solennité, j’aime à voir une imitation du mystère de la Nativité.

J’entends le chant des anges au Gloria in excelsis ;

- l’Epitre me fait goûter les grâces et les charmes de l’Enfant-Dieu ;

à l’Évangile, saint Luc nous transporte à Bethléem, et dans sa narration si vivante ilnous met comme sous les yeux la scène de la naissance du Sauveur avec tous ses détails touchants.

Ajoutez à cela les délicieuses harmonies de l’orgue qui joue quelque vieux Noëls, la vue d’une représentation de la. crèche dans laquelle repose un doux enfant, à ses pieds Marie et Joseph agenouillés ; tout autour, de nombreux cierges dont la flamme symbolise la foi et l’amour, et vous aurez l’explication de cette impression de suavité indéfinissable qui nous envahit tous pendant cet office.

Mais que dis-je ? la Messe de Minuit : une imitation du mystère de Bethléem, c’est plus que cela, c’est la REPRODUCTION de ce mystère !

Jésus naît réellement sur l’autel quand le prêtre, à la consécration, prononce sur le pain et le vin ces toute puissantes paroles « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ! »

Jésus sur l’autel est aussi pauvre, aussi doux, aussi amoindri, aussi anéanti, par amour pour nous, qu’à la crèche !

Il l’est davantage ! Jésus sur le blanc corporal est le même Jésus que Marie enveloppait de langes !

Comme dans la plaine de Bethleem, les anges sont présents autour de l’autel et louent leur Seigneur et Maitre ! Nos églises sont vraiment des Bethléem, des maisons du pain, du pain Eucharistique !

 

Puis viennent les Laudes. Oh ! après de tels bienfaits du Seigneur, qu’il est bien juste de célébrer l’office des Laudes, c’est-à-dire l’office des louanges !

Oh ! quel sens présentent en cette nuit, surtout après la communion, ces belles antiennes qui sont un admirable résumé du mystère de la Nativité !

Oh ! qu’ils sont bien placés ces psaumes qui excitent la terre toute entière à la reconnaissance !

Qu’elles sont expressives ces ardentes exhortations à la gratitude adressées à tous les êtres de la création par le Roi prophète et les trois enfants de la fournaise !

Qu’elles sont touchantes les strophes de l’hymne si pieuse et si gracieuse A solis ortuscardine !

Qu’elles sont saisissantes d’actualité ces paroles du cantique Benedictus, par lequel Zacharie saluait la venue du Messie : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël; parce qu’il a visité et racheté son peuple : il nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David son serviteur, comme il l’avait promis par la bouche de ses saints, des prophètes qui ont prédit dans les siècles passés ! »

Vous savez tous qu’en cette solennité, l’Eglise accorde aux prêtres le privilège de célébrer trois Messes.

Il semble qu’en cette journée, l’Eglise voudrait que le Sauveur soit, comme à la crèche, sans cesse présent auprès de nous.

Trois fois, Il est là sur l’autel dans les mains du prêtre par les paroles consécratoires ;

trois fois, Il est là dans nos cœurs par la sainte communion ;

trois fois, Il manifeste qu’Il est venu pour nous, qu’Il est au milieu de nous et avec nous.

 

Puis dans l’après-midi viennent les Vêpres, qui ne cèdent pas en magnificence aux autres parties de l’Office.

Je me borne à vous y signaler trois particularités.

Et d’abord on y chante le De profundis. Ce psaume, qu’on est habitué à entendre à l’office des morts, exprime très bien le séjour des âmes prisonnières de la justice divine dans le purgatoire, -leurs ardents désirs et leur vive confiance en la miséricorde de Dieu.

Il peint également à merveille le triste état de l’humanité déchue avant Jésus-Christ, lessoupirs enflammés des patriarches et des âmes saintes appelant le Messie, et surtout l’abondante rédemption qui a été le fruit de la venue du Sauveur en ce monde, copiosa apud eum redemptio.

Que dirai-je de l’hymne incomparable Jesu, Redemptor omnium, composée par saint Ambroise, « l’abeille de Milan » ?

Oh ! les beaux sentiments, les délicieuses supplications, la suave mélodie ! Je vous avoue,mes frères, que je ne puis l’entendre sans que mon cœur, à la suite d’Augustin, ne se gonfle d’émotion. Je l’attends tous les ans avec impatience !

Telles sont, mes bien chers frères, les offices du jour de Noël. Je n’ai pu en tracer qu’une rapide esquisse.

Le temps ne me permet pas de m’arrêter davantage. C’est à vous durant cette octave puis ce temps de Noël d’approfondir avec la liturgie ce sublime mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu.

La liturgie nourrira votre vie spirituelle. Elle est composée de paroles vives, saisissantes, lumineuses, touchantes qu’elle a empruntées aux plus beaux passages des Ecritures et aux écrits les plus pieux de ses docteurs touchant le Messie, ou qu’elle a tirées de son propre cœurpour nous les proposer sous forme d’invocations, d’oraisons et d’hymnes sacrées.

 

Dans la trame de l’office de Noël, notre sainte Mère l’Eglise insiste particulièrement sur trois points principaux sur lesquels elle revient sans cesse, afin de nous les inculquer plus profondément, à savoir : les grandeurs du Sauveur, d’une part, d’autre part ses abaissements pleins d’amour, et enfin, les ineffables bénédictions qu’il apporta à la terre en naissant à Bethléem.

« SONGEZ-Y, nous dit-elle, cet enfant si petit, si doux, si gracieux, si inoffensif, c’est le Roi des rois, c’est le Seigneur du ciel et de la terre, c’est le, Fils de Dieu engendré du Père dès l’éternité.

SONGEZ-Y, le jour de son entrée dans le monde, c’est le jour saint par -excellence, dies sanctificatus illuxit nobis ; c’est le jour des joies les plus suaves, le jour où les cieux ont distillé le miel sur la terre, le jour de la réparation si longtemps attendue, si ardemment désirée, le jour de la rédemption promis dès l’origine du monde ! »

 

En procédant ainsi, en insistant sur ces: points fondamentaux, l’Eglise a voulu faire naitre en nos cœurs les sentiments que comporte une si grande solennité, surtout un brûlant amour : à chaque instant elle semble nous répéter le refrain de saint François d’Assise, qui eut une si grande dévotion au mystère de la crèche : « Aimons, aimons l’Enfant de Bethléem ; Amemus puerum de Bethleem ! »

 

La, joie est tellement inhérente à la fête de Noël qu’en ce jour l’Eglise y chante solennellement les quatre cantiques du Nouveau Testament : le Benedictus, le Gloria in excelsis, leMagnificat et le Nunc dimittis !

Mes frères, à l’exemple des anges, aimons Jésus d’un amour plein d’allégresse et de reconnaissance ! Amemus puerum de Bethleem !

 

Très chers prêtres, séminaristes, religieuses de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, très chers fidèles, venez avec moi au pied de la crèche accompagner les anges et les bergers à Bethleem et là, à genoux, dans le plus profond de votre âme et de votre cœur, dites à l’Enfant-Jésus les plus belles paroles que vous n’avez jamais prononcées pour lui manifester votre amour et votre reconnaissance.

« O divin Enfant, vous êtes notre Dieu, vous êtes notre frère, vous êtes notre bienfaiteur ;

« nous vous adorons, nous vous louons, nous vous aimons, nous vous remercions, nous recourons à vous.

« O divin Enfant, convertissez-nous, éclairez-nous, fortifiez-nous, consolez-nous, sauvez-nous, bénissez-nous pour le temps et pour l’éternité !

« Bénissez l’Eglise notre mère, le souverain Pontife !

« Bénissez nos familles, bénissez ceux qui nous sont chers, bénissez et prenez soin de notre vocation et faites qu’un jour nous nous retrouvions tous ensemble dans la Bethleem éternelle, où vous êtes éternellement le Roi, pour que nous vous adorions et aimions éternellement ».

Ainsi soit-il !