ICRSP

 




Sermon de S. E. R. le Cardinal Raymond Leo Burke,

Archevêque Emérite de Saint Louis,
Préfet du Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, 
à l’occasion du Pèlerinage de l’Institut à Lourdes le 28 mai 2011.

 

Proverbes 8 :22-23

Judith15 :10 ; Cantique 4 :7

Luc 1 :26-28

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.

 

         Un des aspects les plus frappants des apparitions de la Sainte Vierge Marie à Sainte Bernadette est la question réitérée de cette dernière au sujet de l’identité de la belle dame qui lui apparaissait. Notre Sainte Mère répondit par un silencieux sourire jusqu’à la seizième Apparition, le 25 mars 1858, fête de l’Annonciation. Au cours de la seizième Apparition, Bernadette, pressée par l’abbé Marie-Dominique Peyramale, son curé, demanda à quatre reprises son nom à la belle dame. Finalement, après la quatrième question, notre Sainte Mère répondit : « Je suis l’Immaculée Conception ». Après avoir révélé Son nom, la Vierge Marie ne parla plus à Bernadette. Son seul nom résumait et couronnait tout ce qu’elle désirait dire à Bernadette et tout ce qu’elle attendait d’elle.

         Cette réponse est également frappante, car la Vierge Marie s’identifie à un évènement, celui de Sa conception dans le sein de Sainte Anne sans la tâche du péché originel. Le curé avait en fait demandé le nom de la belle Dame à Sainte Bernadette, afin d’avoir la confirmation de ce que notre Sainte Mère lui demandait par la bouche de Bernadette : « Allez dire aux prêtres qu'on vienne ici en procession et qu'on y bâtisse une chapelle [1] ». Quand Bernadette rapporta le nom de Notre Dame à l’abbé Peyramale, il répondit que l’Immaculée Conception n’était pas un nom. Mais en vérité, c’était le nom de la Mère de Dieu.

         Immaculée Conception, ce nom ne signifie pas seulement la conception sans tache de la Vierge. Il exprime Sa vocation et Sa mission, l’identité que Dieu Lui avait donnée avant Sa conception. Dans les termes employés dans le livre des Proverbes pour parler de la sagesse de Dieu, l’Eglise voit une image de la Vierge Marie, choisie depuis le commencement pour être la Mère du Sauveur : « Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes. J'ai été fondée dès l'éternité, dès le commencement, avant les origines de la terre » (Prov 8, 22-23).

         Marie est la Vierge toute pure et généreuse qui a reçu le Sauveur du monde dans son sein quand Il vint dans le monde pour la première fois. Au moment où elle accepta la parole de l’Archange Gabriel, elle devint le premier tabernacle du Dieu vivant avec nous dans notre humanité de chair.

         La Conception Immaculée de Marie La prépara à recevoir Dieu le Fils, conçu en son sein par le Saint Esprit et né à Bethléem. Sa Conception Immaculée exprime, en vérité, Son identité : celle de la Vierge, Mère de Dieu. Lorsque l’Archange Gabriel La salua à l’Annonciation, il s’adressa à Elle en ces termes : « Je vous salue, pleine de grâce » (Luc 1, 28)

         Marie était en effet remplie de grâce, parce qu’Elle fut épargnée de la tâche du péché originel dès Sa conception. Elle était pleine de grâce afin de devenir la Mère de la source de toute grâce, Notre Seigneur Jésus-Christ. La grâce de Notre Seigneur, la grâce de notre salut, en Marie, dès Son Immaculée Conception, lui a permis de répondre à l’annonce de l’Archange Gabriel : «  Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, est la femme dont Notre Seigneur parla lors de la première annonce du salut, après le péché d’Adam et Eve. Elle est celle qui représente l’inimitié avec Satan, car Elle porte en Son sein le Fruit Divin qui écrase la tête de Satan (Gn 3, 15).

         Le nom de Marie, Immaculée Conception, exprime Sa Mission de Mère de Dieu : unir Son Cœur Immaculé au Sacré-Cœur de Jésus, conçu par l’Esprit Saint dans Son sein, sous Son Cœur Immaculé. Parce que Son Cœur était parfaitement uni au Sacré-Cœur de Jésus, notre Sainte Mère devint Son premier et plus parfait disciple. Elle est notre modèle sur la voie qui mène à Notre Seigneur Jésus-Christ. Mère toute aimante, Elle nous enseigne à placer notre cœur tout entier dans le glorieux Cœur percé de Jésus, et à obtenir dans le Sacré-Cœur la grâce d’un cœur pur, généreux, plein d’amour de Dieu et du prochain.

         L’Immaculée Conception intercède également pour nous afin de permettre l’union de nos cœurs au glorieux Cœur percé de Jésus. Parce que nous sommes pécheurs et que nous vivons dans un monde déchu, il ne nous est pas facile de donner nos cœurs tout entiers à Notre Seigneur Jésus-Christ. Le chemin de la Croix est notre chemin, un chemin de prière et de pénitence vers lequel nous appellent chaque jour Notre Seigneur et Sa Sainte Mère. C’est pour nous le seul chemin vers la Joie éternelle que nous désirons tous. Le Cœur Immaculé de Marie fut percé de sept glaives de douleur ; Son Cœur Immaculé fut mystiquement transpercé lors de la Passion, de la Mort et de la mise au tombeau de Son Divin Fils. Cependant, Son Cœur fut en même temps empli d’une paix et d’une joie profondes, car Elle a vu le Chemin de la Croix comme la victoire de Son Divin Fils sur le péché et sur la mort qui avait maintenu l’homme en esclavage : victoire de la vie éternelle par laquelle l’homme est finalement rendu libre.

         Dès ses premiers mots; Notre Dame de Lourdes a demandé à Sainte Bernadette de lui rendre visite à la grotte pendant quinze jours. Elle lui a dit ensuite : « je ne vous promets pas de vous rendre heureuse dans ce monde mais dans l’autre ». Notre Sainte Mère nous rendra heureux dans le monde à venir. Pour cela Elle nous enseigne à accepter courageusement la souffrance dans ce monde, le regard fixé sur la victoire de la vie sur le péché et sur la mort éternelle, victoire que Notre Seigneur Jésus-Christ a déjà remportée pour nous. Son Cœur Immaculé nous apporte déjà le bonheur dans cette vie, mais un bonheur qui ne connaîtra sa plénitude que dans la vie à venir. Son Immaculée Conception nous conduit à accepter la souffrance et la peine comme un moyen de purifier notre amour, d’attiser notre amour vers un plus grand don encore. Sanctifiés par notre Seigneur dans l’Eucharistie, ici, au cours de notre pèlerinage, Sa joie et Sa paix règnent dans nos cœurs.

         Lors de son voyage Apostolique en ce saint lieu, en septembre 2008, le Pape Benoît XVI médita le geste avec lequel la Sainte Vierge Marie débuta sa rencontre avec Sainte Bernadette, à savoir le Signe de la Croix. A cette occasion, il nous enseigne le sens profond du message de Notre Dame à travers Ses apparitions à Lourdes :

« Plus qu’un signe, c’est une initiation aux mystères de la Foi que reçoit Bernadette de Marie. Le Signe de la Croix est une sorte de synthèse de notre foi car il nous dit combien Dieu nous aime, il nous dit qu’il y a, dans ce monde, un amour plus fort que la mort, plus fort que notre faiblesse et nos péchés. Le pouvoir de l’amour est plus fort que le mal qui nous menace. C’est ce mystère de l’universalité de l’amour de Dieu pour les hommes que Marie est venue révéler ici, à Lourdes. Elle invite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps, à lever les yeux vers la Croix afin de découvrir là, la source de vie, la source du salut » (Benoît XVI, Homélie de la Sainte Messe pour le 150ème anniversaire des Apparitions, Lourdes, 14 septembre 2008)

         Prions pour qu’à travers ce pèlerinage, aujourd’hui et demain, Notre Dame nous aide à faire notre Signe de Croix avec Elle, comme Elle l’a enseigné à Bernadette. Prions pour que nous recevions de nombreuses grâces pour porter chaque jour la Croix, avec Notre Seigneur, sur le chemin du salut éternel.

         Nous allons être les témoins du grand accomplissement de l’Immaculée Conception de Marie, de la fin que Notre Seigneur avait en vue quand Il la préserva de tout péché dès Sa conception. Son Divin Fils, qu’Elle s’était préparée à recevoir en Son sein dès Sa conception, offre maintenant Sa vie pour nous dans le Sacrifice de l’Eucharistie, écrasant la tête de Satan, et remportant pour nous la victoire de la vie et de la liberté. Puissions-nous Le recevoir dans nos âmes purifiées de nos péchés et embrasées d’amour pour Lui, pour que nous ayons le courage, comme la Vierge Marie, de Le donner au monde.

 

Cœur de Jésus, fournaise ardente de charité, ayez pitié de nous.

Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.

Sainte Bernadette Soubirous, priez pour nous.

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.

 


[1] Patricia A. McEachern, A Holy Life: St. Bernadette of Lourdes, San Francisco: Ignatius Press, 2005, p. 210