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Sermon prononcé par Mgr Gilles Wach, Prieur Général en la fête de saint François de Sales le 29 janvier 2004

Dilexit. Il a aimé.

Mes bien chers frères,

Dans un siècle où l’essence même de Dieu – l’amour – est devenue une expression galvaudée, profanée, par celui qui dès l’origine a cherché à détourner, à inverser, à pervertir les plans de Dieu, il nous faut impérativement, obligatoirement nous membres de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre redécouvrir le sens authentique de l’amour divin, en vivre, en vivre tellement que par irradiation nous en fassions participer notre cher prochain.

Pour cela, la divine providence nous a donné un saint Patron qui doit être pour nous le modèle à connaître, à imiter, à suivre, car il est un beau miroir de l’amour divin.

Toute sa vertu, toute sa force, toute sa beauté morale, toute sa sainteté, tout cela lui est venu des sources profondes de l'amour trinitaire. Il a aimé, voilà le secret !…

Il a aimé Dieu jusqu'à vouloir se donner à lui.

Il a aimé Jésus-Christ jusqu'à vouloir lui ressembler trait pour trait.

Il a aimé l’Eglise jusqu'à la servir, jusqu’à se faire conquérant pour elle, et l’embellir en suscitant des disciples qui suivront sa doctrine et sa spiritualité.

I. - Il a aimé Dieu

Né d'une noble et chrétienne famille, François de Sales, en effet, apprit de bonne heure à le connaître. A la voix de son père et de sa sainte mère, dès le premier éveil de son intelligence, il leva vers le ciel les regards de son âme et il y vit, dans les clartés de la raison et de la foi, l'Etre invisible et puissant de qui tout émane, qui crée tout, par qui tout vît, et qui, dans la mystérieuse trinité des trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, préside dès l'éternité à tout ce qui est et doit être. Vision sublime qui ébranla sa jeune âme jusque dans ses profondeurs !

Toutefois, il ne le vit pas seulement comme le Maître redoutable dont la puissance illimitée terrifie ; il le vit comme la Bonté par excellence, source prodigue de tous les biens et de tous les bonheurs ; et dès lors, il l'aima.

Sous l'influence de cet amour qui, une fois né dans son cœur, n'y devait jamais connaître aucune défaillance, il n'a plus de pensées que pour lui, il le voit et il le devine partout, et rien ne lui arrive que, par un élan spontané, il ne le remercie, il ne le salue dans son ciel, il ne le bénisse et l'acclame au plus profond de lui-même.

Il n'est encore qu'un tout jeune écolier, au collège d’Annecy. Il se plaît, les jours où l'étude le laisse libre, à parcourir avec ses amis les environs pittoresques de la ville ; le lac, les îles, les montagnes, les bois profonds qui couvrent les pentes, les voient accourir tour à tour. La petite troupe monte, tout en jouant, jusque sur ces hauteurs d’où la vue est si belle. Quand elle est arrivée là, essoufflée par la marche, François tout à coup s'arrête, grave, et montrant du doigt l'admirable nature qui s'étend à ses pieds : « O mes amis, s'écrie-t-il avec émotion, invoquons et bénissons le Seigneur, car c'est lui qui nous a donné ce beau jour de congé ; c'est lui qui a fait ces arbrisseaux touffus, ces gracieuses prairies et ces charmants ruisseaux qui coulent près de nous avec un si charmant murmure ! » Il se jette à genoux, tous se jettent à genoux à son exemple, on prie quelques instants, et la troupe joyeuse, se dispersant comme une volée d'oiseaux, reprend ses ébats dans la montagne.

Il fit sa Première Communion et fut confirmé le même jour. Cette double rencontre avec Dieu acheva d'embraser l’âme de François des flammes de cet amour surhumain.

Mais aimer quand on a toutes les joies de l’amour, il n'y a rien là qui demande un bien noble effort. Où l’amour s'ennoblit et se divinise, c'est au jour de l'épreuve, quand il appelle et que rien ne lui répond ; quand il se plaint et qu’aucune voix ne le console ; quand, lui qui vit de rayons et de sourires, il n'a pour se nourrir que l’amertume de ses propres larmes.

A l'âge où la vertu des jeunes hommes n’est qu'un roseau agité et que le moindre souffle peut briser, François de Sales a subi cette terrible et victorieuse épreuve. Ah ! c’est que, mes chers amis, quand Satan, ayant parcouru la terre, a rencontré une de ces âmes qui sont, dans l’ordre moral, les chefs-d’œuvre de Dieu, comme aux jours de Job, il n'a pas de repos qu'il n'ait obtenu du Tout-Puissant la permission de la tenter. « Va, lui dit le Seigneur, enlève-lui tout ce que tu voudras, sauf la vie. » L'Esprit du mal descend alors, armé de tout ce qui peut mettre la malédiction sur les lèvres d'un homme. Ainsi, il descendit vers François de Sales et il l’attaqua furieusement. Il n'essaya pas de lui enlever ses biens, sa science, sa santé florissante ; tout cela, François l'eût donné volontiers. Ce qu’il s'efforça de lui arracher, c'est un bien plus précieux que tous les biens, celui qui donne à la vie le seul charme qu'elle ait : l'espérance !

François était venu faire sa rhétorique et sa philosophie à l'Université de Paris. Il avait quinze ans. Tel était, parmi ses condisciples, le prestige de son innocence, qu’ils l'appelaient l'Ange du Collège. Rien ne pouvait troubler son âme toute à Dieu, certes ! Et pourtant Dieu sembla l'avoir abandonné ; il fut saisi par une pensée affreuse. C'était comme une voix qui sans cesse, la nuit, le jour, pendant ses prières, aurait murmuré à son oreille : « Tu seras damné, damné, damné, pour toujours ! » Vainement, il multiplia les jeûnes et les Communions. A l’heure même où il tenait le Christ dans son cœur, la voix implacable, satanique obsession, répétait de plus belle : « Damné, tu seras damné ! »

Ce fut ainsi pendant six semaines. Le jeune homme se raidit contre la tentation ; il abaissa son jeune front dans la poussière ; il pleura; il ne désespéra pas. Il s'adressait à Dieu du sein de son intolérable angoisse : « O amour, ô Christ, ô beauté en laquelle j'ai mis toutes mes affections, je ne jouirai donc point de vos délices ! s'écriait-il. Quoi qu'il en soit, Seigneur, si je ne puis vous aimer en l'autre vie, puisque personne ne vous loue en enfer, que du moins je mette à profit pour vous aimer tous les moments de ma courte existence ici-bas ! »

Ainsi, l'amour était vainqueur ! Peu après, en revenant du collège, il entra dans l’église St-Etienne-des-Grès et, au moment où au pied de l’autel de la vierge il faisait vœu de chasteté perpétuelle, la paix rentrait dans son âme avec la confiance et le délicieux sentiment que Dieu l'aimait comme il aimait Dieu. Il ne s'appartenait plus, il avait aimé jusqu'à se donner sans retour.

C’est la Vierge sainte, c’est la Vierge fidèle, c’est la Vierge pure qui l’aura sauvé. Sauvé parce qu’il s’est donné totalement à Elle par ce vœu de chasteté qu’il renouvellera à chaque fête mariale. Il s’est donné à Marie ; Elle lui accordé protection, bénédiction et salut ; Elle l’a conduit à Dieu et en Dieu.

Belle leçon pour chacun d’entre nous. Retenons-la : il faut aller à Dieu par Marie, après lui avoir donné notre cœur.

II. - Il a aimé Jésus-Christ

« Vive Jésus que j'aime ! » c'était là son cri habituel. « Ne vivre que pour lui, » c’était là où tendait tout l’effort de son âme. « Mourir pour son amour, » c'était là son rêve généreux et le plus constant de ses désirs. Ah ! c'est que l'inénarrable beauté du Verbe Incarné l'avait séduit dès longtemps.

A partir de sa première communion, élève de rhétorique et de philosophie, étudiant en droit et en théologie à Padoue, constamment il l’avait contemplé dans ses méditations, constamment il s'était uni à lui dans le sacrement de l'autel.

Son amour, dans l’intimité sacrée de ces divines rencontres, s'était enflammé peu à peu, et il n’avait pas tardé à atteindre ce degré sublime où, non contente de chérir Jésus-Christ, l'âme n'a plus de repos qu'elle n'ait réalisé en elle sa parfaite ressemblance. « Oui, disait ce jeune homme déjà saint, je veux faire tout, comme vous et en vous ! »

Avant tout, le Christ est prêtre : François sera prêtre. A son retour de Padoue, il est aussitôt reçu avocat au Sénat de Chambéry. Le monde lui sourit, l'accueille, le flatte, et, fier d'un tel fils, son père le pousse aux honneurs. Va-t-il se laisser séduire ? Non. En passant à Lorette, il a renouvelé naguère son vœu de chasteté devant l'autel de Marie. Rien n’existe plus pour lui que le sacerdoce. Il confie aux siens un désir qui est une résolution.

Remontrances, prières, supplications. Sa volonté ne cède pas. Après une lutte suprême avec son père, victorieux de son propre cœur si tendre, il entre dans l'Eglise, parcourt un à un tous les degrés des ordres et monte enfin à l’autel, au comble de ses vœux et, semblable à Jésus-Christ, prêtre pour l'éternité.

Se contentera-t-il de cette ressemblance par le sacerdoce ? Non encore. Il voudra, autant que cela est possible à la faiblesse humaine, ressembler au Fils de Dieu dans sa vie et dans ses vertus.

Jésus-Christ aime son Père qui est dans les cieux. Nous venons de voir avec quelle ardeur François a aimé ce Père céleste à son exemple.

Jésus-Christ est bon d'une bonté incomparable. Malgré sa nature sensible et irascible, François se fait tout à tous, dévoué à ses amis, indulgent envers ses ennemis au point de les conquérir par son inexprimable douceur. Accessible, quoi qu'il lui en coûte, à tous : à ceux qui viennent le consulter, à ceux qui viennent le contredire, et même à ceux qui viennent le menacer, il les écoute en silence. « Rien, disait-il, ne plait tant à un grand parleur qu'un patient auditeur. » Sans acception de personnes, il accueille gracieusement tout le monde, les petits comme les grands, les pauvres comme les riches. A ceux qui viennent le contredire, c’est avec grande charité qu’il les écoute, puis qu’il les éclaire, et dans presque tous les cas, qu’il les convainc. Il donne tout, supporte tout, excuse tout, et comme la bonté de Dieu s'étend à toute la nature, sa charité s'étend à tous les vivants et aux morts mêmes endormis dans la tombe !

Jésus-Christ est pur, jamais un souffle impur ne ternira la chasteté de François ; il sera pur au point de mériter de « converser avec les anges. » Sa pureté sera son crédit auprès de Marie qui lui fera ainsi remporter toutes les batailles.

Jésus-Christ est humble. François de Sales se voudra serviteur des âmes des pécheurs et poursuivra de bonté tous ses ennemis. Il rêvait d’être enterré au milieu de l’église de la Visitation pour être foulé et piétiné par les passants.

Jésus-Christ est patient. François, toujours victorieux des vivacités de sa nature, pousse la longanimité jusqu'à ses dernières limites, répondant doucement aux objurgations, aux réprimandes opposant le silence aux injures.

Jésus-Christ a aimé la souffrance pour le salut des âmes. Toute sa vie, François embrasse les croix, se réjouit des souffrances que la Providence lui envoie, baise l’image des plaies sacrées du Crucifié, pendant qu’on l’entend s'écrier : « O amour, que tu es douloureux ! O douleur, que tu es amoureuse ! »

Avec l’Eglise, nous pouvons dire ce matin que S. François de Sales a mis ses pas dans les pas de son Maître ; il a aimé son Sauveur passionnément ; il a voulu l'imiter dans ses inimitables vertus, et il y a réussi. Je retrouve les traits divins dans ses traits ; je retrouve la bonté divine dans sa bonté, la pureté divine dans sa pureté, l'humilité divine dans son humilité, la patience divine dans sa patience, la mortification divine dans sa mortification. L'amour, ô Saint, vous a fondu en Celui que vous aimiez, et telle est l'intimité et la force de cette merveilleuse fusion, que vous m'apparaissez comme une survivance de Jésus !…

Puissions-nous imiter notre cher François pour être un peu mieux des prêtres ou futurs prêtres de Jésus Christ.

III. - Il a aimé l’Eglise

Oui, à ces deux amours, un autre est venu s'ajouter dans le cœur de S. François de Sales : l'amour de l'Eglise. Je ne vous l'aurais pas dit que vous l'eussiez deviné.

Qui aime Dieu et Jésus-Christ, en effet, ne peut s'empêcher d'aimer cette Société sainte qui est leur œuvre, dans laquelle leur Esprit habite et souffle à toute heure. Que dis-je ? L'Eglise, c'est encore Jésus-Christ, puisqu'elle est son Epouse. Comme lui, elle est la dispensatrice de la vérité; comme lui, elle souffre et meurt chaque jour dans ses membres; crucifiée comme lui, comme lui proclamée morte par les foules, elle ressuscite comme lui éternellement, prouvant par son indéfectible vitalité qu'elle est vraiment divine.

Certes, nous l'aimons, cette Mère glorieuse et persécutée ! Mais laissez-moi vous le dire, mes bien chers frères, notre amour est bien faible comparé à celui des saints. Et S. François de Sales va nous le montrer, car toute sa vie de prêtre et plus tard d’évêque, il l'a passée à défendre l'Eglise, à l’embellir de grâces souveraines.

Apôtre, Docteur, Fondateur d'Ordre, il n'eut en vue que la gloire et le triomphe de l'Eglise de Jésus-Christ.

Notre monde actuel est bien semblable au Chablais de l’époque. Cette petite province était des plus malades. Un prêtre dévoué y était envoyé, mais bafoué, persécuté, menacé dans sa vie, il n'avait pu y tenir. L'évêque de Genève gémissait de son impuissance, lorsqu'un jour, en plein conseil, un jeune prêtre (prévôt de son Chapitre) se lève, et après avoir écouté les exhortations de l'évêque, s’offre simplement à reprendre la partie perdue. « Je serai heureux de votre choix, dit-il, in verbo tuo laxabo rete. » Vous l'avez deviné : ce jeune prêtre héroïque, c’était François de Sales.

A la nouvelle qu'il allait partir pour Thonon, le cœur de son vieux père se brisa, mais rien n'arrête les saints quand il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes ; François partit.

Il n'ignorait pas que des sicaires, des assassins l'attendaient, qu'il s'exposait au poignard, au poison, à toutes les embûches, à tous les genres de mort ; mais que lui importait, pourvu qu'il eût fait connaître Jésus-Christ et qu'il lui eût gagné quelques âmes ? Comme le grand Apôtre, nulle tribulation, nul péril ne pourrait le séparer de la charité du Christ.

Il part donc avec son cousin, le chanoine Louis de Sales, dévoué et résolu comme lui, il se rend au fort des Allinges où le gouverneur, son parent, Charles-Auguste de Sales, l'accueille avec transport, car il connaît son mérite et son zèle, et lui dit, en lui montrant les canons de la forteresse : « Nous n'aurons plus besoin de toutes ces pièces, pourvu qu'il plaise à Dieu que les huguenots de là bas veuillent vous ouïr. » Du haut de la terrasse, il pouvait apercevoir « la misérable face de cette Province, » les croix des clochers abattues, les églises démantelées, les potences qui se dressaient sur la bord des routes, et il ne put retenir ce cri de douleur : « O Jérusalem ! ô Chablais ! ô Genève ! Convertis-toi au Seigneur ton Dieu ! »

Cependant rien ne l’arrête ni ne le décourage : ni la pluie, ni la neige, ni les injures, ni l’indifférence des populations terrorisées par les hérétiques. On fait le vide autour de lui, il prêche devant des auditoires de cinq ou six personnes, rien ne l’abat ni ne le déconcerte. « Je veux continuer, dit-il, et espérer contre toutes les apparences humaines. » Et il continue ainsi pendant toute une année sans succès, sans résultat. Alors, ne réussissant pas à pénétrer dans les familles et chez des gens qui s'obstinent à ne pas venir l’entendre, il ira les trouver chez eux par ses écrits. Les Controverses sont là pour témoigner de sa science et de sa charité. C’est une doctrine simple, toute destinée à convertir, à toucher les cœurs et ébranler la raison.

Il opère ainsi quelques conversions éclatantes, celles du baron d'Avully et de l'avocat Poncet ; il appelle les ministres hérétiques à des conférences publiques, les cœurs s'émeuvent, la vieille foi se réveille, la ville de Thonon est conquise et devient une cité fervente.

Il continue à éclairer, par la parole, par la plume ; il écrit ses Considérations sur le Symbole ; l'hérésie les attaque, mais elle n'y répond pas. Lui, il écrit non pas pour combattre, mais pour exposer.

Il estime que la vérité est une lumière que les hérétiques environnent de nuages pour qu’elle ne brille pas, ne réchauffe pas ; il dissipe les nuées et la vérité apparaît dans toute sa splendeur. Les âmes sont illuminées ; elles voient, elles se convertissent ; la parole ardente du prédicateur projette jusque dans les coins les plus obscurs des esprits et des consciences les clartés évangéliques.

Seuls résistent les hommes de mauvaise foi ou de parti pris, qui veulent, malgré tout, rester dans leur erreur irréductible, comme Théodore de Bèze ; encore paraît-il avoir quelques regrets.

Cette méthode, notre Saint la gardera dans toute sa vie apostolique. Parler toujours, écrire toujours, agir toujours, mais toujours débordant de charité.

Ses ouvrages mêmes sont une autre forme d'action. Il n'écrit pas pour produire des oeuvres d'art, mais pour confondre l'erreur et la rendre inexcusable ; mais il s'applique à n'être jamais blessant pour les brebis égarées, et il leur témoigne une immense compassion. Il écrit pour convertir. Il écrit avec une victorieuse clarté, dans un style simple et gracieux qui appelle la réflexion, les larmes et les sourires, parce qu'il écrit avec onction, avec esprit, et surtout – et j’insiste – parce qu'il aime ses lecteurs.

C'est ainsi qu'il composera son Introduction à la vie dévote pour diriger les âmes dans la vie du monde, pour leur montrer les écueils, les pêchés à éviter et les moyens de les éviter, le mal qui contriste et la charité qui réjouit le cœur de Jésus.

Enfin pour les âmes qui veulent vivre d'une vie supérieure, il publiera son Traité de l’Amour de Dieu, l'un des plus beaux livres de la littérature française.

Et ses livres sont composés, non pas dans le silence de sa demeure : où en trouverait-il le temps ? mais « au jour le jour, en marchant à dos de mulet, le soir, au retour, dans son évêché (où encore de nombreuses visites venaient le déranger), et par pièces et morceaux juxtaposés où l'unité de sa pensée reliait l’un à l'autre les chapitres. »

Telles sont les armes puissantes qu'il mit au service de l’Eglise !

Quant à nous, frères très chers, c’est avec lui, comme modèle et comme maître qu’il nous faut aimer l’Eglise, notre Mère. Lisons ces pieux ouvrages, méditons son zèle sacerdotal puis épiscopal, là est le secret pour qu’à sa suite nous portions nous aussi des fruits. Ne nous fions pas à nos jugements, ne suivons pas nos petites idées, n’affirmons pas notre volonté, mais laissons-nous séduire, conquérir par la méthode salésienne. Et là, nous pourrons penser que nous servons, donc que nous aimons l’Eglise.

Amour de Dieu, amour de Jésus-Christ, amour de l'Eglise, ces trois grandes amours résument la vie de S. François de Sales dans ses traits les plus beaux. Elles ont fait sa vertu, son succès, son impérissable gloire. Sans elles, il eût été un homme d'esprit, un gentilhomme brillant, un personnage illustre peut-être ; il n’eût pas été le Saint si fort et si doux devant lequel la postérité chrétienne s'incline avec une admiration qui ne saurait défaillir.

Pour nous, membres de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, n'oublions pas ces grandes leçons. A l'œuvre maintenant ! Nous ne pouvons pas, certes, atteindre son génie, combattre ses combats, remporter ses victoires, égaler son prestige : le génie et les circonstances ne dépendent pas de nous.

Mais nous pouvons partager ses saintes amours et, avec la grâce de Dieu, en connaître les ardeurs dévorantes. Aimons Dieu jusqu'à nous donner à lui sans mesure ; aimons Jésus-Christ jusqu'à reproduire en nous sa physionomie divine ; aimons l'Eglise jusqu'à lui donner notre dévouement absolu. Notre vertu grandira dans ces flammes d’amour.

Quand à notre tour, comme notre saint héros tombant d’épuisement le 29 décembre 1622 à huit heures du soir, usé avant l'âge par les travaux d'une vie dévorante, quand, dis-je, il nous faudra quitter la terre, comme lui arrivant au Ciel, –seulement, oui seulement si nous nous avons tout donné pour vivre de la charité– nous nous trouverons à l'unisson des Bienheureux qui l’habitent.

Mêmes amours de Dieu, de Jésus et de son Eglise : même récompense. Car il est écrit : filles du temps, la foi et l’espérance périront, la charité, elle, ne périt jamais. Charitas nunquam excidit.

Ainsi soit-il.