ICRSP

 

Décret Urbis et Orbis

Première déclaration du Doctorat de saint François de Sales

 

Il parut bon à Clément VIII, de sainte mémoire, de prédire de quelle gloire pour l’Eglise et de quelle utilité pour l’assemblée universelle des fidèles allait être saint François de Sales non seulement par le zèle apostolique, l’exemple des vertus, et l’extrême sainteté de mœurs, mais encore par sa science et ses écrits riches de doctrine célestes.

            En effet après avoir pris connaissance de la doctrine que saint François de Sales sur le point d’être élevé à la dignité épiscopale avait donné devant le Pontife en personne, ce dernier pour l’en féliciter se servit de ces paroles du livres des Proverbes:  « Va Fils et bois l’eau de ta citerne et bois à la source de ton puits. Détourne tes sources vers le dehors et répands tes eaux sur les places ».

            Et certes le Seigneur avait donné à saint François de Sales une intelligence qui égalait son éloquence: puisqu’en effet le Christ amenant tous les hommes à l’observance des préceptes évangéliques, avait proclamé: « mon joug est doux et mon fardeau léger », saint François de Sales, par cette charité et cette abondance de doctrine dont il était riche, adaptant en quelque sorte pour l’usage des hommes l’axiome divin, mit en lumière, en des traités nombreux et variés le chemin et la doctrine de la perfection chrétienne de telle manière qu’il la présentât comme facile et accessible à chaque fidèle voué à un institut de vie. Or ces traités écrits en un style plein de charme où se goûte la douceur de la charité produisirent dans l’univers chrétiens des fruits très abondants de piété. Je pense en particulier à Philothée, aux lettres spirituelles, et à l’insigne et incomparable Traité de l’Amour de Dieu, qui assurément passent dans les mains de tous ceux qui les lisent pour leur plus grand bien.

            L’admirable doctrine de saint François de Sales resplendit non pas uniquement dans la théologie mystique, mais elle brille aussi dans des explications conduites avec à propos et clarté concernant des passages très obscurs de la Sainte Ecriture. Cela il en fit la preuve tant dans l’explication du Cantique de Salomon que çà et là dans des discours publiques et sermons grâce auxquels il obtint également cette louange d’avoir rétablit, dans sa première splendeur, la dignité de l’éloquence sacrée ruinée par l’outrage des temps, la faisant revenir sur les traces et modèles des Saints Pères.

            Mais bon nombre d’homélies de traités, de controverses, de lettres du Saint Evêque de Genève témoignent de son excellente doctrine dans les disciplines dogmatiques et particulièrement dans la réfutation des erreurs des calvinistes; ces œuvres attestent de son talent invincible dans l’art de la polémique: le nombre des hérétiques que, par ses écrits et son éloquence, il ramena dans le giron de l’Eglise catholique en est une preuve suffisante.

            Vraiment dans ses Conclusions choisies ou dans ses livres de Controverses que le Saint Evêque écrivit, brille avec éclat son étonnante connaissance de la théologie, sa méthode appropriée, la force insurmontable des arguments tant dans la réfutation des hérésies que dans la démonstration de la vérité catholique, particulièrement lorsqu’il s’agit de défendre l’autorité du Pontife Romain, le Primat de sa juridiction et son Infaillibilité qu’il défendit si adroitement et avec tant d’élégance qu’il apparaît à bon droit, avoir préludé aux définitions du Concile du Vatican lui-même.

            Ainsi donc il s’en suivit que les vénérables évêques et éminentissimes Pères lors de leur suffrage donné dans l’Assemblée Consistoriale pour la canonisation du Saint Evêque louaient à l’envie non seulement la sainteté de sa vie, mais plus encore, l’excellence de sa doctrine. Ils disaient que l’admirable saint François de Sales était vraiment un sel évangélique produit pour saler la terre et la purger de la corruption calviniste et que, soleil du monde, il a illuminé de la splendeur de la vérité ceux qui gisaient à l’ombre des hérésies. Aussi lui appliquaient-ils cette parole: « qui enseigne ainsi les hommes celui-là sera appelé grand dans le Royaume des Cieux. » Plus encore, le Souverain Pontife en personne Alexandre VII, de sainte mémoire, n’hésitât pas à prédire que saint François de Sales serait pour ce temps un remède et un rempart contre les hérésies et il dit qu’il fallait rendre grâce à Dieu « qui a accordé à l’Eglise un nouvel intercesseur, pour soutenir le progrès de la foi catholique, donner la lumière et obtenir la conversion des hérétiques qui s’éloignent de la voie du salut. Et que, de fait, François de Sales imitant les exemples de Saints Pères veille par dessus tout à l’intégrité de la religion catholique soit en reformant les mœurs, soit en renversant les dogmes des sectaires, soit encore en ramenant au bercail les brebis égarées. » Or, tout ce que ce même Souverain Pontife avait déjà déclaré dans son allocution consistoriale sur la remarquable doctrine de François de Sales, il le confirma avec éclat par ces paroles destinées aux Moniales de la Visitation d’Annecy:  « Lumière de salut par laquelle les lumineuses vertus et sagesse de François de Sales se sont répandues abondamment sur l’univers chrétien. »

            Partageant cette pensée du Souverain Pontife, son successeur, Clément IX, approuva une antienne que les moniales récitaient  en l’honneur de saint François de Sales: « Le Seigneur a rempli saint François de l’Esprit d’intelligence et lui il répandit sur le peuple de Dieu les eaux de sa doctrine. »

            Benoît XIV adhéra également à l’opinion des Souverains Pontifes. Aussi fonda-t-il ses réponses et ses solutions à des questions très difficiles sur l’autorité du Saint Evêque de Genève et dans sa constitution « Pastoralis Curae », il l’appela « le Très Sage ». Ainsi s’accomplit en saint François cette paroles de l’Ecclésiastique: « beaucoup loueront sa sagesse et elle ne sera jamais détruite, sa mémoire ne disparaîtra point et son nom sera recherché de génération en génération, les peuples diront sa sagesse et l’Eglise proclamera sa louange. »

C’est pourquoi les Pères du Concile du Vatican[1] par des suppliques et des voeux pressants demandèrent unanimement au Souverain Pontife Pie IX qu’il honorât saint François de Sales du titre de docteur. Or ces vœux furent tour à tour réitérés et par les Eminentissimes cardinaux de l’Eglise Romaine et par la presque totalité des Evêques du monde entier, et par de très nombreux collèges de chanoines, par les docteurs des grands lycées et de l’Académie des Sciences. A ceux-ci s’adjoignirent les suppliques des augustes Princes, des Seigneurs de haut rang et l’immense multitude des fidèles.

            Sa Sainteté, recevant avec bonté de si nombreuses demandes confia selon la coutume à la Congrégation des Rites le soin de juger d’une affaire si importante.

            Dans l’Assemblée qui se réunit aux Palais du Vatican au jour indiqué ci-dessous, les Éminentissimes et Révérendissimes Pères Cardinaux préposés à la garde des saints rites après avoir entendu le rapport de l’Eminentissime et révérendissime Cardinal Louis Bilio, Evêque de Sabine. Préfet de cette Sainte Congrégation et Ponent en la cause et, après avoir pesé avec grand soin les remarques du R.P. Laurent Salvati, Promoteur de la Sainte Foi, et aussi Avocat de la Congrégation des Rites, et après un examen très méticuleux décidèrent d’un commun accord de donner cette réponse:

            « Au nom du Souverain Pontife nous avons décidé de concéder de déclarer et d’étendre à l’Eglise universelle le Titre de Docteur en l’honneur de saint François de Sales avec Office et Messe du Commun des Docteurs Pontifes, contenant l’Oraison propre et les lectures du second nocturnes. » Le 7 juillet 1877

 

Un rapport fidèle de tous ces faits ayant été porté à la connaissance de Notre Très Saint Père le Pape Pie IX par le secrétaire soussigné  de la sacrée Congrégation, Sa Sainteté approuva le rescrit de la Sacrée Congrégation et le confirma et en outre ordonna qu’un Décret Général Urbis et Orbis soit préparé. Le 19 des mêmes mois et année.

Aloisius Epsic.Sabinen Card. Bilio