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Biographie de SAINT THOMAS D'AQUIN

Dans sa Divine Comédie Dante donne à THOMAS D'AQUIN la première place parmi les philosophes théologiens. Dans les représentations iconographiques extrêmement nombreuses depuis sa mort en 1274 trois pôles se dégagent :

Le philosophe : l'on 'voit', en effet, celui que saint Pie V a proclamé (Constitution Mirabilis Deus de 1567) Docteur Commun, en compagnie d'Aristote dont il a été le disciple et le génial commentateur (Principalement en Philosophie de la Nature, en Éthique et politique et en Métaphysique).

Le théologien : peintures et vitraux le campent avec la Somme de Théologie dont Jean XXII qui le canonisa en 1323, a dit : "tot articula quot miracula" (autant de miracles que d'articles) et le Concile de Trente (1547-1563) n'hésita pas à mettre sur l'Autel, à côté de l'Evangile, cette œuvre qui résume la pensée théologique du Docteur Angélique et à propos de laquelle saint PIE X affirmait (Pie X, motu proprio Doctoris Angelici 29 juin 1914) qu'elle constitue un patrimoine de sagesse "que lui-même, après l'avoir reçu des anciens, a perfectionné et augmenté par la puissance de son génie presque digne des anges".

Le saint : sa canonisation en Avignon (1323), outre qu'elle a mis l'Eglise en possession des documents historiques essentiels relatifs à la connaissance de sa vie, indique une lumière. La lumière même du Saint-Esprit (souvent figurée dans les représentations picturales du temps) est confirmée par sept siècles d'autorité de l'Église de Jean XXII à Jean-Paul II (qui est un des Papes avec Pie V, Léon XIII, Pie X, Pie XII, Paul VI, à qui l'on doit le plus grand nombre d'encouragements pressants à travailler en philosophie comme en théologie dans la lettre et la méthode du Docteur Universel de l'Eglise.) Sans cette lumière, en un laps de temps si court (1225-1274), une si magnifique fécondité est impensable - voire impossible.

Les nombreuses "légendes" rapportées par maints biographes indiquent de façon aussi certaine qu'imagée, la manière dont ses contemporains, ses frères de l'Ordre des Prêcheurs (O.P.) percevaient ou 'réfractaient' les divers moments de sa vie, son enseignement, ses œuvres - leur qualité insigne, leur "quantité" inimaginable si 1 'on veut se rappeler qu'il est mort avant 50 ans ! - et les miracles - qui, cette fois, ne sont plus des légendes, et font comprendre une canonisation si rapide (mort en 1274 - "condamné" en 219 propositions "hétérodoxes" par l'évêque de Paris E. Tempier en 1277, canonisé le 18 juillet 1323 après six années de démarches et d'enquêtes par la Cour Pontificale).

Après saint Augustin (354-430) - et en filiale continuité avec la pensée robuste de l'évêque d'Hippone - THOMAS D'AQUIN a réalisé au 13è siècle la grande synthèse de la raison et de la foi (Dans l'Encyclique Fides et Ratio, Jean-Paul II montre que THOMAS fut parfait théologien parce que parfait philosophe, chaque discipline ayant son autonomie, la philosophie ayant, par surabondance, l’honneur d’être la servante de la théologie), chacune en ses exigences propres, mais la sagesse naturelle pouvant être appelée à proportionner la sagesse surnaturelle aux limites de notre intelligence.

Né dans l'illustre famille d'Aquin (Province de Naples) en 1224-25, il fut oblat bénédictin au Mont Cassin, sa famille en espérant pour lui le puissant abbatiat (1230-1239).

Sa vocation était autre, et en 1239 (il a 14 ans), il part pour le Studium dominicain de Naples. Il prendra l'habit des Prêcheurs en 1244, date à laquelle le Maître de l'Ordre décide de l'envoyer à Paris sous le magistère d’Albert le Grand. Il a 20 ans. Il suit ce savant frère dominicain au Studium de Cologne où il restera comme étudiant puis assistant jusqu'en 1252, date à laquelle il revient à Paris. C'est à Cologne qu'il fut ordonné prêtre en 1250-51.

A Paris, Il commente les Sentences, enseigne l'Ecriture Sainte rédige le de Ente et Essentia, reçoit sa maîtrise en théologie, est nommé Maître-Régent, défend et rédige les Questions Disputées : de Veritate, les Quodlibet 7 à 11 ; commente le de Trinitate de Boèce... Après d'âpres luttes avec les séculiers de l'Université, Il sera enfin admis avec Bonaventure dans le Consortium Magistrorum - non sans quelque pression pontificale en leur faveur. THOMAS a 34 ans lorsqu'il part pour l'Italie en 1259. Il y restera dix ans. Séjour de travail à la Cour Pontificale (Orvieto, Anagni, Rome) qui voit éclore la Somme Contre les Gentils, la Prima Pars de la Somme de Théologiela Chaîne d'Or (Marc, Luc et Jean) ; des Questions Disputées : vg. de Potentiade Anima ; le Compendium Theologiae (résumé de théologie). A 40 ans il est Maître-Régent à Rome.

Il retrouve la mission de Maître-Régent à Saint-Jacques à Paris, de 1269 à 1272. Il a 44 ans lorsqu'il rédige la seconde partie (IIa Pars) de la Somme de Théologie et la plus grande partie des Commentaires des œuvres d'Aristote. Il avait fait traduire par Guillaume de Moerbeke les principales œuvres du Stagyrite de grec en latin. Le texte est toujours utilisé aujourd'hui dans les éditions scientifiques. Son amour privilégié pour saint PAUL (qui d'après fr.Reginald lui serait apparu pour lui apporter une lumière Immédiate sur des passages difficiles des lettres de l'Apôtre des Gentils.) nous a valu des commentaires de ses lettres en même temps que des commentaires des Évangiles de MATTHIEU et de JEAN et maints opuscules tels le de Unitate Intellectus qui témoigne de ses Disputes contre les averroïstes (Siger de BRABANT) et son de Aeternitate Mundi qui est une réfutation - avant la lettre, certes ! - des antinomies kantiennes. Il faudrait énumérer tous les trésors qu'il dictait - jusqu'à 3 ou 4 secrétaires à la fois !

Le travail inouï !, les luttes souvent contre des "ennemis à l'envers" (Péguy) !, le départ de quelques-uns de ses amis ( Robert de Sorbon, Eudes de Saint-Denys...) ! Tout cela a contribué à miner la santé de THOMAS qui à 47 ans (1272) repart à Naples, nommé Régent en théologie. Il y termine la 3è partie (IIIa Pars) de la Somme, la lectio de l'Epître aux Romains, les commentaires des Psaumes, du Credo, duPater, de l'Ave Maria...

Le 6 décembre 1273, le Christ lui signifie, pendant sa messe, qu' "il a bien écrit de Lui" (bene scripsisti de me THOMAS) et à la question de savoir ce qui le comblerait, il répond : "nul autre que Vous, Seigneur".

Il n'écrira plus rien jusqu'à sa mort le 7 mars 1274. Il était en route pour Lyon, légat du Pape avec Bonaventure, au Concile qui devait s'y tenir en mai. Il dut s'arrêter chez sa cousine Francesca, la vie se retirant de lui... peu à peu. On le conduit à dos d'âne au Couvent Cistercien de Fossa Nova... où il reposera jusqu'à la translation de sa dépouille mortelle en 1369 à Toulouse, aux Jacobins, où il repose toujours aujourd'hui.

Il faudra encore attendre deux ans après la canonisation pour que la condamnation de 1277 soit révoquée par le successeur de l'évêque de Paris.

L'Aeterni Patris de Léon XIII sur la Philosophie de saint THOMAS a été reprise en écho par Jean-Paul II qui en célébrait le centenaire pour l'Académie Pontificale saint THOMAS D'AQUIN le 13 septembre 1980 dans une allocution au titre plein de sens pour notre temps :

" La Méthode et la Doctrine de saint THOMAS en dialogue avec la culture contemporaine ", et dans l'édition française

" La vraie philosophie élève l'homme vers Dieu ".

Le Souverain Pontife soulignait qu' "il n'est pas possible de passer en revue toutes les raisons qui ont amené le Magistère à choisir saint THOMAS D'AQUIN comme guide sûr dans les disciplines philosophiques et théologiques. L'une d'elles toutefois est certainement le fait qu'il a établi les principes de valeur universelle qui régissent les rapports entre la raison et la foi".

Et il ajoutait :

"Saint THOMAS a tracé une voie qui peut et doit être poursuivie adaptée à nos temps sans en trahir ni l'esprit, ni les principes fondamentaux mais en tenant compte également des conquêtes scientifiques modernes. Le vrai progrès de la science ne saurait jamais contredire la philosophie, de même que la philosophie ne peut jamais contredire la foi".

Nous empruntons à Jean-Paul II dans la Fides et Ratio notre conclusion :

"L'intention du Magistère était, et est encore, de montrer que saint THOMAS est un authentique modèle pour ceux qui recherchent la vérité. En effet, l'exigence de la raison et de la force de la foi ont trouvé la synthèse la plus haute que la pensée ait jamais réalisée, dans la réflexion de saint THOMAS, par le fait qu'il a su défendre la radicale nouveauté apportée par la Révélation sans jamais rabaisser la voie propre à la raison".

En effet, la vérité, sous quelque discipline qu'elle se présente, ne peut qu'être unique. THOMAS a réalisé cette unité sous l'unique autorité de la vérité qui au sommet de l'âme, prend le nom de sagesse.

                                                                                                                                                                André CLEMENT