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Sermon de Mgr le Prieur Général pour la Fête de l'Immaculée Conception 2006.

 

« Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Voici que toutes les nations m’appelleront bienheureuse. »

L’œil de l’homme n’a rien vu qui puisse être comparé à ce que Dieu réserve à ceux qu’il aime.

En ce jour particulièrement béni, la chrétienté toute entière contemple la gloire et la félicité de Marie immaculée.

Et nous, ses fils, par le baptême et la grâce sanctifiante, nous exultons de joie et de bonheur de pouvoir contempler avec la foi cette sublime, terrestre et céleste réalité.

Quelle consolation pour nous, qui gémissons encore dans cette vallée de larmes !

Quelle espérance pour nous qui, suivant le commandement sacré de Notre Sauveur, portons avec son secours notre croix quotidienne !

Voyons ce matin pourquoi Marie a joui de tels privilèges et comment nous pourrons, si nous le voulons, avoir part un jour à cette gloire.

On serait porté à croire que la gloire et la félicité de Marie sont dues à la Maternité divine ; ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout. Il faut nous rappeler que Dieu ne récompense pas la dignité mais les mérites.

Il a exalté et béatifié sa Mère, non seulement à cause des prérogatives dont il l’a enrichi, mais aussi à cause des vertus qu’elle a pratiquées.

Il l’a glorifiée plus que toutes les créatures, parce que par amour pour Dieu, elle a été la plus humble de toutes. « Celui qui s’humilie sera exalté », telle est la loi portée par Dieu lui-même. Elle est invariable. Retenez-la !

Elle est indispensable pour nous, prêtres, séminaristes, religieuses de l’Institut du Christ Roi Souverain  Prêtre, pour vous, fidèles chrétiens.

Sans l’humilité, pas de progrès, pas de fruits dans votre vie spirituelle, et je dirais même : sans la pratique de l’humilité, notre vie spirituelle est en grand danger.

Voyez Marie !

Elle a été humble dans le temple ;

humble dans le mystère de l’Annonciation : « voici, dit-elle, la servante du Seigneur » ;

humble à Bethléem ;

humble dans celui de la purification, où elle se conforme avec les femmes ordinaires à l’usage commun ;

humble à Nazareth et dans la vie publique de Notre Seigneur ;

humble au calvaire.

C’est pourquoi, Dieu qui résiste aux superbes lui a donné la plénitude de la grâce ; respexit humilitatem ancillæ suæ.

Anges, archanges, qui vous étonnez de la voir si haut, sachez que si elle monte, c’est parce qu’elle est descendue par l’humilité ; elle s’est anéantie, et c’est pour cela que Dieu l’exalte.

Alors, frères très chers, nous qui souhaitons, nous qui aspirons, nous qui voulons participer à sa gloire, suivons son exemple, pratiquons l’humilité.

Soyons humbles ! Un bref regard sur nous-mêmes, sur nos misères, devraient nous permettre de pratiquer cette vertu que Dieu chérit tant. Combattons notre amour propre et notre susceptibilité, signes que l’orgueil règne bien en nous.

Que l’humilité accompagne nos actions, nos pensées tout au long  de nos journées, et spécialement en ce temps de l’attente, en ce temps de l’Avent !

Marie est bienheureuse parce qu’elle a aussi souffert par amour pour Dieu.

Si nous souffrons avec Jésus-Christ, nous serons glorifiés avec Lui. C’est une autre loi portée par la justice divine. Il a fallu que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire.

Et croyez-moi, chers amis, c’est par beaucoup de tribulations que nous devons y entrer nous-mêmes. Or Marie a souffert au Temple, elle a souffert de la pauvreté à Bethléem, en Egypte, à Nazareth. Elle a souffert surtout au Calvaire.

Et aussi, voyez-vous, après l’Ascension de Jésus, à cause des premières persécutions de l’Eglise.

Saint Ambroise nous fait remarquer qu’elle est appelée Regina martyrum. Voilà pourquoi sa félicité surpasse celle de tous les saints.

Que ces pensées sont consolantes. Dieu ne récompense pas à cause de la dignité mais des mérites, comme nous l’avons dit.

Il a choisi et élu Marie à cause de ses mérites, et ainsi l’a établie en dignité. Il nous a choisis et veut nous conformer à son être dans le sacerdoce, et Il veut aussi nous couronner au ciel selon que nous aurons pratiqué l’humilité et l’amour de la croix, à la suite de Marie très sainte.

« La croix est le livre du chrétien », dit saint François de Sales. C’est avec amour qu’il nous faut l’embrasser et l’offrir. Elle est la clé du ciel, la clé du mystère chrétien. O Crux, ave, spes unica.

Poursuivons notre méditation.

Où se trouve donc le siège des mérites de Marie ? Où pouvons-nous puiser nos forces pour imiter quelque peu ses louables mérites ?

Eh bien, en son cœur très saint et très pur.

Mais comment en parler, nous homunculi, pauvres petits hommes, comme dit saint Bernardin de Sienne, quand toutes les langues des hommes seraient insuffisantes !

Du moins nous allons tenter de dire en bégayant ce que le Cœur de notre Vierge immaculée est en lui-même et ce qu’il est par rapport à nous.

Pour énoncer ce qu’il est en lui-même, il faut se souvenir que c’est Dieu en personne qui l’a modelé. Il a préparé en elle un trône digne de sa Majesté divine.

Quant il eût fait la terre, vidit Deus cuncta quæ fecerat et erant valde bona ; mais en contemplant Marie, il ne peut contenir ces transports : quam pulchra es, amica mea. Oculi tui columbarum. Il loue ses yeux, pareils à ceux de la colombe, sa voix, tout ce corps comme céleste ; mais la langue humaine dont il se sert étant impuissante à dire ce qu’est le Cœur de Marie, il ajoute :absque eo quod intrinsecus latet. Sans parler de ce qui est dedans, il n’entreprend pas d’en faire l’éloge.

Le cœur, c’est ce qu’il y a de plus noble en l’homme, le foyer de la vie, le siège des vertus généreuses, du dévouement et, avec le secours de la grâce, des vertus surnaturelles, de la charité.

Ce que Dieu s’est plu à embellir surtout en Marie, c’est le cœur, qui, autant que le sang virginal qui en découle, devait servir à former l’humanité du Verbe fait chair, le Corps du Fils de Dieu.

Et si les pères appellent Marie l’œuvre très excellente du créateur, en laquelle il a déployé sa puissance, il faut dire que c’est surtout à son Cœur Immaculé qu’il a prodigué le plus libéralement ses dons.

Dans ce Cœur, tout est digne de Dieu qui l’a fait, digne du dessein du Créateur sur Marie, digne du Fils dont elle est la Mère, digne du Saint-Esprit dont elle est l’épouse.

Bonté parfaite, pureté céleste, générosité admirable, tendresse inépuisable, humilité profonde, charité ardente,… voilà le Cœur de Marie.

Ah ! chers prêtres, chères sœurs, chers séminaristes et fidèles ; ah ! chères âmes éprouvées, meurtries, tendres, affectueuses ; ah ! vous tous qui cherchez un cœur où reposer le vôtre, vous le trouverez en Marie.

Ce Cœur ravit les anges et les saints ; il ravira aussi le vôtre, à cause de ces perfections que nous venons à peine d’exposer succinctement.

Voyons aussi ce qu’il est, ce Cœur, pour nous, pour vous : c’est le cœur d’une mère. Quels trésors de tendresse, de miséricorde, d’amour, Dieu a caché dans le cœur maternel. Qui pourra comprendre le cœur de l’homme ? ses angoisses, ses tourments, ses bouillonnements ? Mais c’est le cœur d’une mère ! La mère seule peut le comprendre.

Et si nous interrogions les mères, pour qu’elles étalent à nos yeux étonnés les richesses de bonté que leurs cœurs renferment, nous constaterions bien vite que le langage humain est insuffisant à rendre ses émotions, et souvent dans l’impuissance de les manifester par des paroles. Le seul recours sont les larmes !

Eh bien Marie est -parmi les mères- la plus tendre. C’est celle que Dieu nous a donnée, et c’est la sienne.

Et elle aussi, pour nous manifester son cœur, a eu recours aux larmes. Elle a pleuré sur le calvaire, en nous enfantant dans la douleur, et ses larmes disaient : « O humanité, voyez combien je vous aime ; pour vous, j’offre à Dieu mon Fils sur la croix et je m’offre moi-même en victime avec lui ».

Puis son Cœur a pleuré de nouveau lorsque comme mère elle s’est manifestée, dans le cours de l’Histoire, par ses apparitions, à ses enfants que nous sommes pour nous prévenir des fléaux qui nous menacent.

A La Salette particulièrement, nous la voyons assise et pleurant abondamment devant les maux qui affligeront bientôt le monde et l’Eglise.

Oui, Marie a pleuré, Marie pleure, parce qu’elle nous aime.

Aujourd’hui spécialement, où nous nous sommes consacrés à elle, où nous nous réfugions sous sa maternelle protection, promettons-lui d’être des fils humbles, des serviteurs souffrants, dignes d’un tel amour maternel.

O Cœur Immaculé de Marie, en ces heures redoutables pour le monde et pour l’Eglise, soyez notre espérance et notre force. Affermissez-nous dans le combat pour Dieu et pour votre Fils. Apprenez-nous à ne pas donner prise à l’infernal ennemi.

C’est l’heure, semble-t-il, de la grande bataille de Satan contre la race humaine et contre l’Eglise.

Mère, nous savons qu’il veut tout détruire. Votre Fils nous a prévenus : « Il est homicide depuis le commencement ».

Nous savons aussi que vous voulez tout sauver. Brûlez donc notre cœur au feu du vôtre. Suscitez en chacun d’entre nous le désir de devenir des saints et aidez-nous en cela.

Embrassez toute la chrétienté d’une ardeur incomparable. Mère très aimée, nous ne doutons pas de la victoire de votre Cœur Immaculé. Donnez-nous de hâter l’heure de cette victoire par l’imitation humble et quotidienne de vos vertus.

Cœur Immaculé de Marie, apprenez à notre Cœur à battre à l’unisson du vôtre. Il battra alors à l’unisson du Cœur Divin et transpercé de votre Fils Jésus…

A Lui, honneur et gloire dans tous les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.