ICRSP

 




PANÉGYRIQUE

POUR L’IMMACULEE-CONCEPTION

LA BEAUTÉ DE MARIE

prononcé par Mgr Gilles Wach, Prieur Général de l'Institut.

Tota pulchra es, Maria. Vous êtes toute belle, ô Marie ! (Cant., iv, 7).

 

Très chers dans le Christ Jésus Notre-Seigneur,

La beauté de Marie, l’Église nous invite à l’admirer et à la chanter ; elle-même accumule la poésie des Livres Saints et des offices liturgiques pour entourer la Vierge très pure d’une auréole de gloire et de splendeur qui fasse mieux ressortir sa beauté. Qu’est-ce donc que la beauté ? Et de quels éléments la beauté de Marie est-elle faite ?

La beauté est faite d’intégrité, d’harmonie, de splendeur. Dans les êtres matériels, cette beauté apparaît d’une manière sensible en raison même de l’intégrité et de la splendeur des proportions, en raison même de l’harmonie. Mais la beauté de Marie est essentiellement une beauté spirituelle, une beauté qui se confond avec sa bonté absolue, avec ce qui la rend bonne en elle-même.

Spirituelle, la beauté de Marie est aussi et surtout d’ordre surnaturel. Prédestinée de toute éternité pour être la Mère de Dieu, elle a été dotée d’une plénitude de grâce proportionnée. Là se trouve la vraie raison de la beauté de Marie, dans cette plénitude de grâce qu’elle a reçue au matin de son Immaculée Conception, plénitude qui s’est accrue de tous ses mérites personnels, comme en témoigne l’ange au moment de l’Incarnation : Ave gratia plena. Je vous salue, pleine de grâce !

De cette plénitude découle à l’Immaculée-Conception l’intégrité et l’harmonie premières. Mais cette plénitude se manifeste aussi dans la splendeur du rôle qui lui est dévolu. Intégrité, harmonie, splendeur, c’est ce que nous trouvons dans les cinq prééminences de la Vierge Marie que je me propose de vous exposer.

– I –

Tout d’abord, prééminence dans le mode de rédemption. Et de cette prééminence résulte pour Marie la splendeur de l’intégrité originelle, car Marie n’a pas été purifiée, mais préservée.

Dieu avait bien créé l’homme dans un état de justice et d’intégrité, mais la ruse du démon vint introduire le péché dans le monde, de telle sorte que nos premiers parents nous donnèrent la mort, comme s’exprime Saint Bernard, avant même de nous engendrer à la vie. L’homme avait dit son Non serviam ! et du même coup il s’était détourné de Dieu, sa fin dernière, reniant sa raison d’être et le motif de son existence, se condamnant à chercher inutilement, dans les créatures, un bonheur impossible ; car le péché originel, c’est aussi cela, l’attachement aux créatures, l’esclavage pour l’homme du mal qu’il avait préféré, de l’erreur qu’il avait choisie, de la mort qu’il avait encourue.

Et voilà l’origine de cette lutte dont souffre chacun de nous : l’homme, rebelle contre son Maître, a senti la rébellion monter en lui : la concupiscence, la mort et le péché, tel est le triple lien qui nous enchaîne au char d’un triomphateur mauvais et impitoyable, et qui rend notre défaite absolue, et entière notre honte !

Honte entière, ai-je dit ! Oui, car le Réparateur divin pourra venir, mais la rédemption ne sera pas moins postérieure au mal : un désordre initial se trouve en chacun de nous ; et nous ne pouvons retrouver l’harmonie première, témoignant ainsi, même malgré nous, de la victoire originelle du démon.

Honte entière, ai-je dit ! Et pourtant, non : la victoire de Satan n’est pas si absolue, son triomphe n’est pas si complet. A côté du Christ qui lui échappe de droit et par nature, je vois aussi une fille d’Adam qui lui échappe par grâce, et qui « se lève dans la pureté de son aurore, belle comme la lune, éclatante comme le soleil » (Cant., vi, 9). Ave, gratia plena ! Salut, pleine de grâce, et d’une plénitude qui a commencé dès votre existence, d’une plénitude qui n’a jamais eu de défaillance et qui n’a pas permis au démon de vous atteindre !

Réjouissons-nous, mes frères ; la pureté originelle que Dieu nous destinait, une fille de notre terre la reçoit effectivement : Macula non est in te (Cant., iv, 7). Il n’y a pas de tache en vous, ô Marie, pas de tache originelle et pas de concupiscence qui en soit la suite ! Tota pulchra es ; vous êtes toute belle, toute pure, toute sainte ! Vous réparez la honte antique et vous êtes la gloire de votre peuple !

« La femme que vous m’avez donnée, m’a présenté le fruit défendu, » disait Adam. Pitoyable excuse ! mais voici maintenant, pour remplacer cette Ève première, voici l’Ève nouvelle, la mère du Sauveur, l’ennemie personnelle du Tentateur.

« Inimicitias ponam inter te et mulierem. (Gen., iii, 15). Entre toi et la femme, il y aura haine, et cette haine sera ton humiliation, car cette femme t’échappera, et c’est en vain que tu voudras la mordre au talon. Son Immaculée Conception la préserve de ta rage ! ­– Je le sais, le triomphe de la Vierge, c’est le triomphe de Jésus. Mais dans l’ordre du temps, I’Immaculée-Conception est cette porte éternelle par où devait entrer le Roi de gloire. (Ps. 23, 7). Et cela ajoute à la splendeur de Marie.

L’Immaculée Conception n’est pas seulement la gloire d’une femme, à titre privé : elle est bien plus. Vous êtes toute belle, ô Marie, car au travers de votre pureté originelle, c’est le Christ que je vois, triomphant dans la pourpre innocente de son sang, comme vous triomphez dans la liliale parure de votre âme sanctifiée dès son principe. A travers Marie sans tache apparaît l’Église sainte et immaculée (Eph., v, 27) ; à la fois, elle aussi, Mère du Christ mystique et Épouse de l’Agneau, comme le montre l’Apocalypse (xxi, 9), et qui répétant à travers les siècles le geste de Marie, continue à écraser dans les âmes rachetées la tête de l’infernal serpent ! – Inimicitias ponam inter te et mulierem. L’inimitié, la voilà ; elle a sa source dans l’Immaculée Conception de Marie, qui a inauguré ici-bas la sainteté dont vivent les âmes.

Tota pulchra es, o Maria ! Oui, vous êtes toute belle, ô Marie, dans votre Conception sans tache par laquelle vous humiliez le Prince de l’orgueil et vengez notre opprobre !

 

– II –

Prééminence du mode de rédemption, d’abord qui donne à Marie la splendeur de l’intégrité ! Prééminence de pureté ensuite, qui met dans toute la vie de Marie la splendeur de l’harmonie. C’est une conséquence de la première grâce et de la fidélité de Marie.

L’ange nous en instruit encore. « Ne timeas, Maria ; invenisti gratiam apud Dominum » (Luc, i, 30). Elle a trouvé grâce devant Dieu ; son intégrité première, sa splendeur originelle devaient fleurir et fructifier sous peine de déchoir et de se ternir. Elle a trouvé grâce devant Dieu : c’est donc qu’elle est pure, non pas d’une pureté ordinaire, mais d’une pureté capable d’attirer en elle la source de la pureté, Dieu lui-même. Et cette pureté fait sa beauté. Épouse de l’Esprit-Saint, elle reçut au jour des mystiques épousailles la robe nuptiale de la virginité. Ce fut sa plus chère parure, le couronnement de toutes ses autres vertus ! « Vierge sage, demande Bossuet, qui donc vous avait appris que Dieu aime les vierges, car ni votre Fils n’avait encore annoncé la génération de ceux qui seraient purs pour le Royaume des cieux, ni l’apôtre Paul n’avait encore proclamé l’excellence de la virginité ! Qui donc vous l’avait appris, sinon l’Époux des Vierges qui voulait votre cœur tout entier ? »

Elle savait, la Vierge galiléenne, que la vie selon l’esprit est plus noble que la vie selon la chair, que rien n’est fécond comme ce que le monde juge stérile, et que la vraie beauté est faite de renoncement.

La chasteté, la pureté, voilà, en effet, une valeur méconnue ; la meilleure fécondité n’est pas celle qui multiplie la vie, mais celle qui l’ennoblit, qui la hausse ; la chasteté est une leçon, un exemple ; elle est un élément, et l’un des plus riches, du progrès moral. Et en cela aussi notre monde régresse d’une manière fulgurante. Demain frères très chers, nous serons persécutés parce que nous défendrons la chasteté, la pureté des mœurs et le célibat sacerdotal que certains veulent à tout prix abolir.

Et pourtant Marie nous a donné le premier modèle de cette pureté, de cette grandeur morale, de cette exaltation de la vie. Sa virginale chasteté attend l’Époux des vierges, qui ne se plaît que parmi les lis, et sa pureté l’attire en elle : « Concupiscet Rex decorem tuum. Écoutez, ô Vierge : oubliez votre peuple et la maison de votre père. Mais déjà vous avez oublié votre peuple, puisque vous ne songez pas à son accroissement charnel, et la maison de votre père ne retient pas votre cœur, puisque vous ne lui susciterez point d’héritiers ! Oui, votre cœur est prêt. Ô Vierge ; il est prêt à répondre à l’appel de son Dieu. Ecce Virgo concipiet et pariet Filium. Voici la Vierge féconde et la mère intègre. Toutes les gloires sont réunies dans la même femme. Vous êtes toute belle, ô Marie ; toute belle dans l’intégrité de votre virginité féconde et dans la fécondité de votre maternité virginale. – Vierge avant l’enfantement, car le Fils de Dieu ne pouvait naître que d’une vierge. Sans doute, dans sa vie terrestre, Jésus semble aimer davantage les pécheurs, car c’est pour eux qu’il est venu ; mais comme Dieu, il préfère l’innocence ; Pierre, Paul, Mathieu, qu’il avait formés pour les hommes, ont pu être pécheurs, mais sa Mère devait être toute pure, car elle n’était faite que pour lui ! (Bossuet). – Vierge pendant l’enfantement : Jésus sortit du sein de sa mère comme le rayon sort du foyer, comme le parfum sort de la fleur, comme la parole sort des lèvres. La parole ne déchire pas les lèvres en y passant, le parfum en s’exhalant n’altère en rien l’intégrité de la fleur, le rayon en s’élançant n’enlève rien à son foyer ! – Vierge après l’enfantement, sans nul doute, mais sans aucun détriment pour sa fécondité spirituelle, car son Fils Jésus n’est que le premier-né entre beaucoup de frères. Et sa postérité s’est multipliée au-delà des grains de sable qui bordent nos rivages !

Oui, vous êtes toute belle, ô Marie, et vous avez attiré les regards du Roi divin qui s’est épris de votre beauté ! Oui, vraiment, de cette aurore que fut votre Immaculée Conception, vous vous avancez belle comme la lune, éclatante comme le soleil, et splendidement pure pour la suite des siècles !

– III –

La prééminence de rédemption et la prééminence de pureté devaient aboutir dans les desseins divins à une splendeur plus grande dans les relations de Marie avec Dieu.

Tout d’abord, dans l’Incarnation, à une prééminence de familiarité divine. Marie n’est cela, immaculée et pure dans la plénitude de la grâce, qu’en raison du rôle que Dieu lui destine. Encore là, l’ange le proclame : « Ave gratia plena : Dominus tecum ! Pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ! » Avec vous d’une manière toute spéciale, et il veut se donner encore davantage à vous puisqu’il veut faire de vous sa mère : Quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei. Votre Dieu sera à vous, comme l’enfant est à sa mère.

Tota pulchra es, o Maria. Elle est toute belle, la fille du Très-Haut dont Dieu veut se servir pour le salut de son peuple et le triomphe de son amour. Dieu l’a faite belle, pour en faire la mère de son Verbe et obtenir en elle, pour le rachat du monde, la libre collaboration de l’humanité ! Non que les plans divins pussent être frustrés par le vouloir de la créature, car Dieu a le cœur de l’homme en sa main, et il le fléchit à son gré en faisant consentir librement et infailliblement à la fois notre volonté. Mais Dieu traitant chaque être selon sa nature, n’est vraiment honoré que par l’amour libre et volontaire, et c’est parce qu’il veut l’amour et la liberté de la plus belle de ses créatures, qu’il la considère, pour ainsi dire, comme son égale, qu’il lui envoie un prince de la milice céleste, qu’il veut avoir besoin d’elle et mendier en quelque sorte son consentement et sa coopération… Vous êtes toute belle, ô Marie, fille privilégiée du Très-haut, qui vous montre tant d’égards !

Non seulement elle donne son consentement à Dieu, mais le Verbe lui doit son humanité. Elle est vraiment la Mère de Dieu, puisqu’elle est la Mère du Verbe. Un fils divin naîtra d’elle : Credo… in Jesum Christum… qui natus est ex Maria Virgine, et ce fils est béni : benedictus fructus ventris tui. Et, mes frères, – c’est Jésus qui nous en avertit, – « au fruit on reconnaît l’arbre. » Le fruit divin de Marie, c’est Jésus. Sans doute ce n’est pas la mère qui donne la bénédiction au fils ; ici, la réalité est plus sublime, car la bénédiction de la mère découle de celle du Fils. Or le Fils est un fruit béni en saveur. N’est-il pas écrit dans l’Ecclésiaste : « Celui qui me mange aura encore faim » (xxiv, 9), laissant à entendre qu’il rassasie sans jamais lasser ? Mais c’est aussi un fruit de beauté, car si le fruit de l’arbre de la science du bien et du mal était beau et agréable à la vue, que dirais-je du fruit de vie, et comment dépeindre sa splendeur ?… Vous êtes toute belle, ô Marie, puisque vous avez donné le jour à un fils si beau, à un fils qui doit sans doute vous ressembler selon la chair, comme vous lui êtes conformée selon l’esprit ! Vous êtes vraiment bénie entre toutes les femmes, et bénie de la plus féconde des bénédictions, car les autres femmes doivent enfanter dans la douleur ou demeurer stériles ; mais vous, ô Marie, vous enfantez dans la joie et vous demeurez vierge ! Vous êtes toute belle, belle de la splendeur même de ce Fils que vous mettez au monde, « de ce Fils que vous revêtez de la substance de votre chair et qui, à son tour, vous couvre de la majesté de sa gloire. » (Saint Bernard).

 

– IV –

Cette spéciale familiarité avec Dieu qui est le privilège de Marie, lui confère une quatrième prééminence : celle de l’union au Christ Rédempteur, ce qui lui permet d’être corédemptrice avec son divin Fils.

Corédemptrice, elle l’est déjà à l’Annonciation ; car dès lors, la pauvre humanité attendait suppliante. Dieu veut nous sauver, mais la mère qu’il se choisit doit être libre pour pouvoir témoigner des grandes choses qui se feront en elle ; en effet, le salut nous vient par la foi, et la foi nous arrive matériellement par le témoignage historique : fides ex auditu. Marie doit être pour nous le guide qui nous conduit à Jésus, après nous avoir donné Jésus. Il faut donc qu’elle soit avertie du mystère qui se prépare, et dès ce moment sa fonction est commencée. Écoutez Saint Bernard joindre ses supplications à la voix de l’ange pour décider Marie :

« Vous venez d’entendre, dit-il, ô Vierge, ce qui doit arriver et comment cela se fera. Vous avez bien entendu : Vous concevrez et vous enfanterez un Fils ! L’ange attend votre réponse ; il est temps pour lui de retourner au Dieu qui l’envoie. Nous aussi, ô Mère, nous attendons la parole de pitié, nous sur qui misérablement pèse la sentence de condamnation ! Voyez, ô Marie, le prix de notre salut vous est offert ! C’en est fait : nous sommes libérés, si vous le voulez ! Celui qui t’en supplie, ô pieuse Vierge, regarde, c’est le pitoyable Adam lui-même et toute sa malheureuse descendance exilée ; c’est Abraham, c’est David, ta propre famille et tous tes pères qui attendent dans l’ombre de la mort ! Hâtez-vous de répondre, ô Vierge ! Quoi donc ? C’est bien à vous qu’a été faite la promesse ; ou bien nous en faudrait-il attendre une autre ? Oui, je ne me trompe pas : c’est bien à vous ! Vous êtes cette femme promise autrefois, attendue, et si longtemps désirée ! Ouvrez, ô Vierge, ouvrez votre cœur à la foi, vos lèvres au Fiat, votre sein au Créateur. C’est le Désiré des nations qui se tient à la porte et qui frappe ! Surge, curre, aperi ! Levez-vous par la foi, empressez-vous par votre dévouement, ouvrez, ouvrez votre cœur par le consentement ! » (4ème Homélie super Missus).

Non seulement Marie nous donne le Rédempteur, mais elle prend aussi une part active à notre Rédemption. Sans doute, Notre-Seigneur Jésus-Christ suffisait à lui seul ; seul, il pouvait solder intégralement notre compte de pécheurs et nous mériter la grâce, et seul il nous a rachetés. Mais il a voulu y joindre sa mère ; il a voulu que l’Ève nouvelle fût aux côtés du nouvel Adam sur le Calvaire ; et Marie, une fois la Rédemption faite, y a ajouté ce que le cardinal Billot appelle « un mieux de Rédemption, un surplus de Rédemption. » Et ce surplus, c’est une plus grande efficacité, par rapport aux hommes, de la Rédemption déjà opérée intégralement par rapport à Dieu. Entre les hommes et le Roi de gloire apaisé, se tient une femme, la plus belle des créatures, une Mère douloureuse, le cœur transpercé du glaive prédit par Siméon, crucifiée dans son âme avec son divin Fils. Elle mérite ainsi d’être la mère des vivants, car c’est au moment où Jésus meurt pour acquérir son corps mystique, l’Église, que Marie recueille le testament suprême de son Fils et qu’elle voit se multiplier sa postérité : « Voici ta mère ! Voici ton fils ! » A sa première maternité virginale s’ajoute une maternité spirituelle, et c’est dans cette maternité que se trouve pour nous ce surplus de Rédemption. Il ne peut y avoir rien de terrible et rien d’austère en une mère qui n’a point à s’occuper de la justice, mais tout y est douce pitié et miséricorde… Vous êtes toute belle, ô Marie, dans le salut que vous apportez au monde, dans la part que vous prenez à ce salut, et dans l’extension indéfinie de votre maternité compatissante !

 

– V –

Et maintenant que Marie a quitté cette terre pour régner dans la splendeur de son Fils, sa plénitude de grâce s’est changée dans une plénitude de gloire qui constitue la grande prééminence de la Vierge-Mère.

Marie est la première en dignité des rachetés qui ont reçu la grâce de Jésus. Dans le ciel, elle se tient au côté de l’Agneau. Même au ciel, Jésus daigne avoir besoin de sa mère, et il ne veut rien faire sans l’associer à son action. Alors qu’il aurait pu nous communiquer la grâce directement, il ne l’a pas voulu ; il veut que s’étende encore sur nous ce surplus de Rédemption que nous a valu Marie au Calvaire, et pour cela il nous a laissé la médiation de Marie. La volonté de Marie est associée à la volonté de Jésus et à la volonté de Dieu le Père : Marie est le canal de la grâce, le canal de toutes les grâces, dans toute l’extension spatiale et temporelle de l’Église, jusqu’à la consommation des siècles. Jamais son nom n’est séparé de celui de son Fils et ces deux amours convergent dans l’unité d’une même gloire. Le Christ est médiateur de rédemption. Marie est médiatrice d’intercession, et c’est la seule voie qui aille de Dieu aux hommes et des hommes à Dieu. « Quand un pécheur supplie Marie, dit Saint Bernard, celle-ci montre à son Fils son cœur et son sein maternel ; le Fils alors montre au Père la blessure de son côté et ses meurtrissures ; c’est pourquoi nulle demande ne peut être repoussée, où tant de marques insignes de charité se présentent à la fois. »

Tota pulchra es, Maria ! Voici bien le triomphe et l’apogée de votre splendeur, puisque vous régnez, toute-puissance suppliante, dans une gloire qui ne défaille jamais, car les paroles du Seigneur ne passeront point ! Oui, ô Marie, vous êtes toute belle, dans le temps que vous avez paru sur notre terre, et plus encore durant toute l’éternité.

*  *

Bien chers prêtres, séminaristes, religieuses et amis fidèles de l’Institut, puisque Marie est si belle, donnons-lui notre admiration et notre confiance, et nous nous rendrons dignes d’elle, et nous bénéficierons de sa protection, comme nous l’avons toujours constaté. En effet l’admiration nous stimulera à imiter toujours plus et toujours mieux ses vertus : son innocence, sa pureté, son obéissance, sa générosité. Notre confiance l’inclinera vers nous et lui permettra de nous combler des grâces divines. C’est ainsi qu’imitant les vertus de Marie, protégés et soutenus par elle, nous pourrons arriver à la ressemblance parfaite avec son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi et Souverain Prêtre, et mériter la récompense éternelle.

Ainsi soit-il.