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Fête-Dieu

LEÇON DU BREVIAIRE
ROMAIN
Sermon de saint Thomas d’Aquin (Opuscule 57)
Les immenses bienfaits prodigués par Dieu au peuple chrétien lui
confèrent une dignité inestimable. Aucune nation, en effet, n’est et n’a
jamais été assez grande pour que des dieux lui soient proches comme
l’est notre Dieu. Car le Fils unique de Dieu, voulant nous rendre
participants de sa divinité, assuma notre nature pour que, fait homme,
il fasse dieux les hommes. Pour comble, il fit servir à notre salut tout
ce qu’il nous emprunta. Son corps, en effet, il l’offrit en hostie à
Dieu le père sur l’autel de la croix pour notre réconciliation; son
sang, il le répandit à la fois comme rançon de notre misérable servitude
et comme bain purificateur de tous nos péchés. Et pour que demeure à
jamais parmi nous la mémoire d’un tel bienfait, il a laissé aux fidèles
son corps en nourriture et son sang en breuvage sous les espèces du pain
et du vin.
O précieux et admirable festin, porteur de salut et rempli de toute
suavité ! Que trouver de plus précieux ? Ce n’est plus la chair des
taureaux et des boucs qui nous est présentée en nourriture comme dans
l’ancienne loi, mais le Christ, vrai Dieu. Quoi de plus merveilleux que
ce sacrement ? En lui pain et vin sont changés substantiellement en
corps et en sang du Christ au point que le Christ, Dieu et homme
parfait, soit contenu sous l’apparence d’un peu de pain et de vin. Alors
le Christ est mangé par les fidèles sans être déchiré. Bien plus, après
la fraction il demeure entier dans chaque fragment. Les accidents
persistent sans leur substance pour donner lieu à la foi, tandis
qu’invisiblement on consomme ce qu’on peut voir caché sous une autre
apparence. Ainsi les sens, jugeant d’après les accidents qu’ils
connaissent, sont à l’abri de l’erreur.
Aucun sacrement ne possède plus d’effet salutaire car c’est lui qui
remet les péchés, augmente les vertus et comble l’âme de l’abondance de
tous les charismes de l’Esprit. On l’offre dans l’Église pour les
vivants et les morts. Ainsi profite à tous ce qui a été institué pour le
salut de tous. Personne enfin n’est capable d’exprimer adéquatement la
suavité de ce sacrement où l’on goûte à sa source la douceur spirituelle
et où l’on rappelle la mémoire de la charité incommensurable que le
Christ a montrée dans sa passion. Aussi, pour fixer plus profondément
dans les cœurs des fidèles l’abîme de cette charité, c’est à la dernière
cène, au moment de passer de ce monde au Père, après avoir célébré la
Pâque avec les disciples, qu’il institua ce sacrement, mémorial
perpétuel de sa passion, accomplissement des anciennes figures et
miracle le plus grand de tous ceux qu’il a faits. A ceux qui étaient
attristés de son absence, il le laissa comme insigne consolation.
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